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Analyses

L’IA et la politique québécoise

18 minutes de lecture

L’intelligence artificielle n’est plus une technologie dont les gouvernements peuvent simplement discuter en attendant de voir ce qui arrivera. Elle est déjà entrée dans l’administration publique québécoise, dans les hôpitaux, les établissements d’enseignement, les ministères et les organismes gouvernementaux. Elle s’invite aussi dans les campagnes électorales, dans les communications politiques et, de plus en plus, dans les programmes des partis.

Le Québec se trouve ainsi devant deux questions différentes, mais étroitement liées : comment l’État doit-il utiliser l’intelligence artificielle, et comment ceux qui aspirent à gouverner doivent-ils eux-mêmes l’utiliser ?

À l’automne 2026, ces questions sont devenues particulièrement concrètes. L’administration publique compte désormais des centaines d’initiatives utilisant l’IA, tandis que la campagne électorale du 5 octobre est la première élection générale québécoise véritablement tenue à l’ère de l’intelligence artificielle générative.

Et derrière les promesses de productivité, de meilleurs services publics et d’économies se profile une interrogation beaucoup plus fondamentale : qui doit demeurer responsable lorsqu’un algorithme participe à une décision de l’État ?

Le gouvernement québécois utilise déjà largement l’intelligence artificielle

On pourrait croire que l’utilisation de l’IA par le gouvernement en est encore au stade expérimental. Les chiffres démontrent le contraire.

Selon le Portrait des utilisations de l’intelligence artificielle dans l’administration publique publié par le ministère de la Cybersécurité et du Numérique, le nombre d’initiatives déclarées par les organismes publics est passé de 168 en 2024 à 258 en 2025, soit une augmentation de 54 %. Le nombre d’organismes publics déclarant au moins une initiative est parallèlement passé de 65 à 83. Parmi ces projets, 61 concernent directement des prestations de services à la population.

Les principaux secteurs utilisateurs donnent une bonne idée de l’ampleur du phénomène. Le réseau de Santé Québec comptait 84 initiatives déclarées, le réseau de l’enseignement supérieur 58 et le portefeuille des Ressources naturelles et des Forêts 26.

L’intelligence artificielle gouvernementale ne signifie donc pas uniquement un fonctionnaire utilisant un agent conversationnel pour rédiger une note.

Le portrait gouvernemental recense notamment 81 initiatives touchant l’aide à la décision, la planification ou la prédiction, 68 utilisant des assistants ou agents conversationnels, 36 liées à l’automatisation, 27 à l’imagerie ou au traitement d’images médicales et 22 à la géomatique ou à l’analyse géospatiale.

Concrètement, les utilisations envisagées ou déjà développées comprennent l’optimisation des flux hospitaliers, l’aide au diagnostic médical, la détection d’élèves en difficulté, le résumé et la traduction de documents volumineux, la comparaison de textes législatifs, le caviardage de documents administratifs, l’assistance à la rédaction, les réponses automatisées aux citoyens et l’analyse des effets des changements climatiques sur les écosystèmes québécois.

L’IA gouvernementale n’est donc plus un projet futur. Elle constitue déjà une nouvelle couche technologique de l’État.

Une stratégie québécoise qui remonte à avant ChatGPT

Le Québec avait toutefois commencé à préparer cette transformation avant l’explosion de l’IA générative.

Sa Stratégie d’intégration de l’intelligence artificielle dans l’administration publique 2021-2026 vise à utiliser l’IA pour améliorer les services publics, augmenter l’efficacité administrative et encadrer les risques associés à son utilisation.

La stratégie repose notamment sur plusieurs principes importants : l’IA doit améliorer les services à la population, accompagner plutôt que simplement remplacer les employés de l’État, respecter la vie privée et l’équité, et laisser la responsabilité des décisions au personnel gouvernemental.

Cette stratégie arrive cependant à la fin de son horizon prévu en 2026 au moment même où les capacités des systèmes d’IA progressent beaucoup plus rapidement qu’au moment de sa conception.

Le défi du prochain gouvernement ne consistera donc pas seulement à poursuivre ce qui existe, mais à déterminer quel cadre succédera à une stratégie élaborée avant la généralisation des grands modèles de langage, des agents autonomes et des outils capables de générer simultanément du texte, des images, du son, de la vidéo et du code informatique.

De l’interdiction à l’utilisation encadrée de l’IA générative

L’évolution de la position gouvernementale depuis 2025 illustre bien la vitesse de ce changement.

En mars 2025, le gouvernement avait suspendu dans l’administration publique l’utilisation d’assistants virtuels d’IA générative comme ChatGPT, Gemini ou Copilot dans le cadre du travail des employés concernés. Après une expérimentation réalisée avec 14 organismes publics, Québec a établi de nouvelles mesures de gouvernance et de gestion du risque. L’interdiction générale a ensuite été levée en décembre 2025 au profit d’une utilisation encadrée. Certaines restrictions particulières, notamment concernant DeepSeek, demeurent intégrées à l’encadrement gouvernemental.

Le gouvernement dispose maintenant d’un ensemble beaucoup plus élaboré de règles et d’outils : mesures applicables à l’IA générative, principes d’utilisation responsable, guides de bonnes pratiques, règles de protection des données, conseils sur l’IA agentique et directives particulières concernant les communications gouvernementales.

Cette évolution est significative. L’approche québécoise n’est plus : « Peut-on utiliser l’IA? » Elle devient plutôt : dans quelles circonstances peut-on l’utiliser, avec quelles données, sous quelle supervision et avec quelle responsabilité?

Quand une machine participe à une décision de l’État

C’est probablement là que se trouve l’enjeu politique le plus important.

Utiliser une IA pour résumer un rapport administratif n’a évidemment pas les mêmes conséquences que l’utiliser pour déterminer l’admissibilité d’une personne à un programme gouvernemental.

Le droit québécois reconnaît déjà cette différence.

L’article 65.2 de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels prévoit des obligations particulières lorsqu’un organisme public rend une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé de renseignements personnels. La personne concernée doit notamment être informée de cette situation. Elle peut demander quels renseignements ont été utilisés, connaître les principaux facteurs ayant mené à la décision et présenter des observations à une personne capable de réviser celle-ci.

Des dispositions comparables existent dans le secteur privé et dans le régime applicable aux renseignements de santé.

Le principe sous-jacent est important : l’automatisation ne doit pas faire disparaître l’imputabilité.

Plus l’IA entrera dans les décisions administratives, plus les citoyens voudront savoir non seulement si une machine a été utilisée, mais également pourquoi elle est arrivée à une conclusion donnée, quelles données elle a consultées, quelles erreurs sont possibles et qui peut corriger la décision.

Un registre public commence à rendre l’État algorithmique visible

Le Québec a également choisi de documenter l’utilisation de l’IA dans son appareil public.

Depuis un arrêté ministériel adopté en février 2024, les organismes assujettis doivent déclarer annuellement leurs actifs, projets et autres initiatives faisant appel à l’intelligence artificielle. Le gouvernement publie ensuite un portrait de ces utilisations.

Cette démarche répond à un problème essentiel de la transformation numérique : un citoyen ne peut demander des comptes à un système dont il ignore l’existence.

Le gouvernement indiquait d’ailleurs dès sa stratégie 2021-2026 vouloir permettre à la population de savoir si les services publics auxquels elle a recours utilisent l’intelligence artificielle.

Cette transparence sera appelée à devenir de plus en plus importante à mesure que les systèmes passeront de tâches périphériques à des fonctions directement liées aux services, aux recommandations ou aux décisions gouvernementales.

L’IA devient maintenant un enjeu électoral

L’élection générale québécoise du 5 octobre 2026 marque une autre étape : l’intelligence artificielle ne concerne plus seulement les spécialistes du numérique. Elle est devenue un sujet sur lequel les principaux partis doivent prendre position.

Une distinction est cependant nécessaire.

Il y a d’une part l’utilisation de l’IA par les partis eux-mêmes : rédaction, analyse de données, production de matériel électoral, automatisation, ciblage politique ou création d’images et de vidéos.

Il y a d’autre part la politique publique qu’ils proposent concernant l’IA : réglementation, utilisation dans la fonction publique, protection des renseignements personnels, soutien aux entreprises, effets sur le marché du travail et encadrement des décisions automatisées.

Sur ces deux plans, les approches ne sont pas identiques.

Un code de conduite pour empêcher que l’IA ne falsifie le débat politique

En août 2026, IVADO et le Centre d’expertise international de Montréal en intelligence artificielle, le CEIMIA, ont annoncé l’adhésion de quatre partis à un Code de bonne conduite pour un usage responsable de l’intelligence artificielle en politique.

La Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec, le Parti Québécois et Québec solidaire ont adhéré au code. Le Parti conservateur du Québec ne figurait pas parmi les signataires au moment de la publication de la liste d’IVADO.

Le code repose sur quatre grands principes : transparence, usage responsable, sécurité et gouvernance, ainsi que sensibilisation et prévention.

Il prévoit notamment l’identification des contenus générés par l’IA, l’engagement de ne pas produire d’hypertrucages destinés à tromper les électeurs, la protection des renseignements personnels, la cybersécurité et la formation des personnes travaillant pour les partis.

La CAQ est même allée plus loin dans la déclaration accompagnant son adhésion : sa directrice, Brigitte Legault, a annoncé que le parti prenait l’engagement de ne pas utiliser l’intelligence artificielle pendant la campagne électorale. Québec solidaire a également présenté son adhésion comme une volonté de maintenir une campagne centrée sur des contenus authentiques et humains.

Il faut toutefois noter que le code est volontaire. Il constitue un engagement politique et éthique, non un régime complet de contrôle ou d’audit des activités numériques internes des partis.

C’est précisément l’un des angles morts actuels : le public dispose encore de relativement peu d’information détaillée sur les usages internes quotidiens de l’IA par les organisations politiques elles-mêmes.

Un parti peut utiliser l’IA pour analyser un document, résumer de l’information, traduire un texte ou assister un employé sans que cette utilisation apparaisse nécessairement publiquement. La question de la transparence dépasse donc largement les seuls hypertrucages spectaculaires.

La CAQ : poursuivre l’intégration commencée au gouvernement

Pour l’Équipe Christine Fréchette–Coalition avenir Québec, la question de l’IA est intimement liée au bilan du gouvernement sortant puisqu’une grande partie de l’encadrement actuel de l’administration publique a été élaborée sous des gouvernements caquistes.

La formation met également l’accent sur les conséquences économiques de l’automatisation. Son plan économique présenté en septembre 2026 prévoit 400 millions de dollars pour la formation et la requalification des travailleurs. Le parti indique vouloir suivre plus étroitement les effets de l’intelligence artificielle sur les métiers et adapter la formation aux transformations du marché du travail.

Sous le gouvernement sortant, Québec a aussi continué de soutenir directement l’écosystème de l’IA. En février 2026, une aide de 36 millions de dollars à Mila a notamment été annoncée afin de soutenir la recherche, la formation et l’adoption de l’IA.

La position caquiste repose donc largement sur la continuité : développement économique de l’écosystème, adoption dans l’administration et encadrement administratif des risques.

Le Parti libéral : une loi-cadre sur l’IA

Le Parti libéral du Québec propose une approche davantage centrée sur la formalisation législative.

Le 18 septembre 2026, le PLQ a annoncé son intention de déposer une loi-cadre sur le développement et le déploiement de l’intelligence artificielle. Il propose également de confier explicitement au ministre de la Cybersécurité et du Numérique la responsabilité de l’IA et de son encadrement dans l’appareil gouvernemental.

Le PLQ établit aussi un principe clair concernant les décisions administratives : selon son engagement, un humain demeurerait responsable de toute décision gouvernementale touchant directement un citoyen. Le parti propose parallèlement de développer davantage d’expertise numérique à l’intérieur de l’État et de préparer les travailleurs aux transformations de leurs métiers.

Dans ses engagements électoraux, la formation propose aussi l’adoption pragmatique de l’IA lorsque des gains de productivité mesurables peuvent être démontrés ainsi que l’automatisation de certains processus administratifs.

Le Parti Québécois : un comité d’experts et d’encadrement

La position du Parti Québécois s’est précisée très récemment.

Le 24 septembre 2026, Paul St-Pierre Plamondon et la candidate Anne Nguyen ont annoncé qu’un gouvernement péquiste créerait un comité d’experts et d’encadrement sur l’intelligence artificielle. Celui-ci aurait pour mandat d’examiner les conséquences de l’IA dans plusieurs domaines : culture, éducation, travail, entreprises, environnement, protection des données, démocratie et appareil gouvernemental.

La formation veut faire participer à cette réflexion l’écosystème québécois de l’IA, notamment des organismes comme Mila, IVADO et l’Obvia, et affirme vouloir s’inspirer des pratiques internationales pour déterminer les cadres légaux et réglementaires applicables au Québec.

Quelques semaines auparavant, les informations disponibles sur la position péquiste portaient principalement sur l’utilisation éventuelle de l’IA pour améliorer l’efficacité de l’État. L’annonce du 24 septembre ajoute donc une composante de gouvernance et d’encadrement plus explicite au programme présenté pendant la campagne.

Québec solidaire : prudence, transparence et droits culturels

Québec solidaire aborde plutôt l’intelligence artificielle sous l’angle des droits et des conséquences sociales de la technologie.

Selon les positions communiquées pendant la campagne, QS souhaite mettre en place un cadre réglementaire fondé notamment sur la transparence, la protection de la vie privée, la propriété intellectuelle, les droits d’auteur, la culture québécoise et la transition socioécologique. La formation souhaite également empêcher que le financement public québécois serve à financer certains produits culturels générés par intelligence artificielle.

QS s’est aussi montré prudent concernant le déploiement de l’intelligence artificielle dans la fonction publique et dans le système de santé.

Son adhésion au code IVADO-CEIMIA s’inscrit dans cette approche : le parti met l’accent sur l’authenticité du contenu politique et les risques que les images, vidéos, voix ou textes artificiels peuvent faire peser sur la capacité des électeurs à distinguer le vrai du faux.

Le Parti conservateur : IA, numérisation et gains de productivité

Le Parti conservateur du Québec propose pour sa part une intégration importante du numérique et de l’intelligence artificielle à l’administration publique.

Sa plateforme numérique dévoilée le 5 septembre prévoit l’intégration de l’IA avec supervision humaine, des tests avant le déploiement des systèmes, des tableaux de bord publics sur les coûts et les échéanciers, un renforcement de la cybersécurité, une utilisation accrue des logiciels libres et une réduction de la dépendance aux consultants externes.

Le PCQ estime que l’ensemble de son plan de modernisation numérique pourrait produire 3,45 milliards de dollars d’économies sur cinq ans grâce aux gains d’efficacité et à une diminution des ressources nécessaires à certains services administratifs. Il s’agit d’une estimation du parti et non d’un résultat observé.

En ce qui concerne l’utilisation électorale de l’intelligence artificielle, le PCQ ne figure pas, en date du 25 septembre 2026, parmi les quatre formations apparaissant sur la liste des signataires du code volontaire IVADO-CEIMIA.

Les hypertrucages changent les règles de la politique

L’arrivée de l’IA générative pose cependant un problème qui dépasse largement les programmes des partis.

Une image, une voix ou une vidéo artificielle convaincante peut maintenant être créée en quelques minutes. Un faux extrait vidéo attribuant des propos à un chef politique peut circuler sur les réseaux sociaux beaucoup plus rapidement que les médias ou les autorités électorales ne peuvent le vérifier.

Élections Québec avertit explicitement la population que les outils d’IA peuvent produire des contenus ayant l’apparence de documents authentiques et recommande une vigilance particulière devant les images, vidéos et enregistrements audio inhabituels.

Depuis le 1er juillet 2026, de nouvelles dispositions de la Loi électorale sanctionnent également certains actes de désinformation électorale, notamment la diffusion consciente de fausses informations concernant le processus électoral et certaines formes d’usurpation d’identité destinées à tromper le public.

L’IA oblige ainsi les institutions démocratiques à revoir une idée autrefois presque automatique : voir ou entendre quelque chose n’est plus une preuve suffisante que l’événement s’est réellement produit.

Le prochain débat : l’IA doit-elle seulement conseiller l’État ou aussi agir pour lui ?

Nous sommes probablement au début d’une transformation plus importante encore.

Les premières générations d’IA gouvernementale étaient principalement analytiques : classer, prévoir, détecter ou recommander. L’IA générative peut maintenant produire de l’information et dialoguer avec les citoyens. Les systèmes dits « agentiques » vont encore plus loin : ils peuvent accomplir plusieurs tâches successives afin d’atteindre un objectif.

Cela signifie que la question politique évoluera rapidement.

Un assistant gouvernemental peut-il préparer automatiquement une réponse à un citoyen ?

Peut-il traiter un dossier ?

Peut-il recommander une décision ?

Peut-il déclencher une procédure ?

À partir de quel moment un fonctionnaire doit-il obligatoirement intervenir ?

Et surtout : qui est responsable lorsque l’IA se trompe ?

Ces questions ne sont plus théoriques lorsque 258 initiatives sont déjà recensées dans l’administration québécoise et que leur nombre augmente rapidement.

Productivité contre imputabilité ? Un faux choix

Le débat québécois sur l’intelligence artificielle risque parfois d’être présenté comme une opposition entre ceux qui veulent moderniser l’État et ceux qui veulent freiner la technologie.

La réalité est plus complexe.

Une administration publique peut chercher à automatiser des tâches répétitives tout en exigeant une supervision humaine. Elle peut utiliser l’IA pour accélérer un service tout en donnant au citoyen le droit de comprendre une décision. Elle peut encourager l’innovation tout en protégeant les renseignements personnels. Elle peut soutenir une industrie québécoise de l’IA tout en imposant des règles lorsque des droits fondamentaux sont en jeu.

Le véritable enjeu consiste donc moins à choisir entre « pour » ou « contre » l’intelligence artificielle qu’à déterminer où nous voulons placer la frontière entre l’automatisation et la responsabilité humaine.

Une question de souveraineté numérique

Une autre dimension prendra vraisemblablement de l’importance : celle du contrôle des infrastructures et des données.

Les administrations publiques utilisent des logiciels, des services infonuagiques et des modèles d’intelligence artificielle souvent développés par de grandes entreprises étrangères. Pourtant, les données manipulées peuvent concerner la santé, l’éducation, la fiscalité ou les interactions quotidiennes entre les citoyens et leur gouvernement.

Le gouvernement québécois a d’ailleurs publié en 2026 des orientations concernant sa souveraineté numérique, notamment en faveur d’une plus grande maîtrise de l’hébergement des données, du Nuage gouvernemental du Québec, de centres de données souverains et d’un recours accru aux logiciels libres ou aux solutions développées sur mesure.

Avec l’IA, cette question devient stratégique : posséder les données ne signifie pas nécessairement contrôler la technologie qui les analyse.

La démocratie devra apprendre à vivre avec l’IA

L’intelligence artificielle ne remplacera probablement pas la politique québécoise. Elle en modifiera cependant profondément les outils.

Elle peut aider l’État à mieux utiliser ses données, accélérer certaines opérations, détecter des problèmes plus tôt et offrir de nouveaux services. Elle peut également aider les organisations politiques à traiter de gigantesques quantités d’information.

Mais elle rend simultanément beaucoup moins coûteuse la fabrication de désinformation, permet une personnalisation sans précédent des communications et remet en question la frontière entre un message produit par une personne et un message produit par une machine.

Voilà pourquoi le sujet dépasse largement la technologie.

Lorsqu’une intelligence artificielle est utilisée par une entreprise, une erreur peut coûter de l’argent. Lorsqu’elle est utilisée par un gouvernement, elle peut affecter les droits d’une personne. Lorsqu’elle est utilisée en politique, elle peut influencer la perception du débat démocratique lui-même.

Le Québec possède un avantage certain : il dispose d’un écosystème de recherche en intelligence artificielle particulièrement développé et a commencé relativement tôt à réfléchir aux dimensions éthiques, juridiques et sociales de cette technologie.

Mais posséder de l’expertise en IA ne règle pas automatiquement la question de sa gouvernance.

Au contraire, plus les systèmes deviennent puissants, plus la question démocratique devient importante.

L’enjeu des prochaines années ne sera donc probablement plus de savoir si le gouvernement québécois utilisera l’intelligence artificielle. Il l’utilise déjà.

La véritable question sera de savoir jusqu’où nous accepterons qu’elle intervienne dans l’action de l’État, quelles décisions devront obligatoirement demeurer humaines, quelles informations les citoyens seront en droit d’obtenir et quelles règles devront s’appliquer aux partis qui cherchent à obtenir leur vote.

En politique comme dans l’administration publique, l’intelligence artificielle peut devenir un formidable outil.

Mais dans une démocratie, l’algorithme ne peut pas être le dernier responsable.

Cette responsabilité appartient encore aux humains.

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Jean-Christophe Gagnon

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