Introduction : la nostalgie comme programme
François Legault tente, en cette fin de deuxième mandat, de réanimer l’ADN fondateur de la Coalition Avenir Québec. Après sept ans au pouvoir, il revient aux slogans d’origine : efficacité de l’État, prospérité économique, services publics simplifiés, dépassement du clivage souverainiste-fédéraliste. Mais ce retour aux sources ressemble davantage à un aveu d’échec qu’à une relance : s’il faut revenir au discours de 2011, c’est que les promesses de 2011 n’ont jamais été tenues.
La CAQ devait être une « troisième voie », mais elle a surtout démontré les limites d’un parti qui refuse de trancher le nœud gordien de la question nationale. Le Québec se retrouve donc avec un gouvernement usé, oscillant entre populisme fiscal, improvisations industrielles et nationalisme de façade.
L’ADN caquiste : promesses d’efficacité et d’apolitisme national
Au départ, la CAQ se voulait la grande purge des vieilles querelles. Ses trois piliers étaient simples :
- Clore le débat sur la souveraineté en promettant que la politique se ferait « ailleurs » ;
- Rendre l’État plus efficace, moins bureaucratique, davantage orienté vers les résultats ;
- Relancer l’économie en rapprochant le Québec de l’Ontario sur le plan de la richesse par habitant.
Sur le plan électoral, ce cocktail a séduit. Legault a pu rallier à la fois des souverainistes fatigués et des fédéralistes déçus, des entrepreneurs qui rêvaient d’un État allégé, et des électeurs qui ne demandaient qu’à tourner la page sur les années Charest et Marois.
Mais ce positionnement « ni-ni » (ni souverainiste ni fédéraliste) cachait une contradiction fondamentale : comment transformer en profondeur le Québec tout en s’interdisant de toucher aux fondations politiques et constitutionnelles de l’État québécois?
Les victoires identitaires : un nationalisme sous perfusion
Il faut reconnaître à la CAQ un certain succès dans l’arène identitaire. Sous Simon Jolin-Barrette, elle a fait adopter la loi 21 sur la laïcité, renforcé la Charte de la langue française et inscrit le français comme seule langue officielle du Québec dans la Constitution canadienne. Jean-François Roberge a poursuivi sur cette lancée avec la Loi sur l’intégration à la nation québécoise et la promesse d’une Constitution québécoise.
Sur ce terrain, la CAQ a marqué des points. Mais ce nationalisme demeure sous perfusion fédérale : inscrire le français dans la Constitution canadienne, c’est accepter que le cadre constitutionnel de 1982 soit intangible. Promettre une Constitution québécoise tout en restant dans le Canada, c’est bricoler une vitrine identitaire sans autonomie réelle. En clair, la CAQ caresse l’idée d’une nation, mais refuse l’instrument de sa souveraineté.
L’économie : entre ambition et fiasco
La CAQ se voulait le parti de l’économie. Sur certains points, elle a livré : l’écart de richesse avec l’Ontario s’est réduit, notamment grâce à la vigueur du marché du travail et à l’essor de secteurs comme Bécancour et la filière batterie.
Mais cette réussite apparente est assombrie par une série de fiascos industriels qui ont marqué les esprits. Northvolt, Lion Électrique, Taiga Motors, Recyclage Carbone Varennes : des milliards investis, des promesses de retombées, mais au final des scandales, des retards et des pertes. L’État québécois s’est comporté comme un spéculateur hasardeux, pariant l’argent public sur des entreprises fragiles, au lieu de bâtir un écosystème robuste et diversifié.
Ce choix contredit directement l’ADN caquiste. Legault disait vouloir créer des conditions favorables pour les PME, cœur de notre économie. Mais il a privilégié les méga-projets subventionnés, souvent plus proches du pari politique que de la stratégie économique.
L’efficacité de l’État : la promesse trahie
La grande illusion de la CAQ, c’était de « moderniser » l’État québécois. Legault dénonçait la bureaucratie lorsqu’il était dans l’opposition. Mais une fois au pouvoir, ce chantier a été abandonné.
Les Québécois ont plutôt assisté à l’enlisement des grands projets numériques (SAAQclic, Dossier santé numérique), aux retards dans la construction d’infrastructures, et à l’accroissement de la lourdeur administrative. Les chèques ponctuels de 500 $ distribués en pleine inflation n’ont rien changé à la structure de l’appareil d’État.
Aujourd’hui, en fin de mandat, Legault exhorte les ministères à « lever toutes les pierres » pour trouver des gains d’efficacité. Mais ce coup de barre arrive trop tard : on ne réforme pas la culture d’un appareil public en un an, encore moins dans un contexte électoral. À si courte échéance, il s’agit plutôt de coupes budgétaires déguisées pour présenter de beaux chiffres en campagne.
La fatigue du pouvoir et l’impasse du « ni-ni »
Au fond, la CAQ paie aujourd’hui le prix de sa stratégie fondatrice : refuser de choisir entre souveraineté et fédéralisme. Pendant un temps, cela a fonctionné. Mais à mesure que les années passent, le vide devient visible.
- Sur le plan économique, l’État québécois reste prisonnier des politiques fiscales et monétaires d’Ottawa.
- Sur le plan identitaire, les gains symboliques demeurent précaires, contestés et limités.
- Sur le plan institutionnel, l’efficacité promise se heurte au carcan fédéral et à l’usure de la bureaucratie.
Le résultat : un gouvernement en panne d’idées, obligé de recycler ses slogans d’origine pour masquer l’absence de vision.
La contre-proposition souverainiste : sortir du cercle fermé
Face à cet enlisement, le Parti Québécois offre non pas un retour aux sources, mais une rupture claire : l’indépendance.
- Souveraineté économique : plutôt que de jouer les investisseurs spéculatifs, un Québec indépendant disposerait de ses propres leviers fiscaux et monétaires pour bâtir un fonds souverain et investir stratégiquement dans ses PME et ses technologies.
- Souveraineté numérique : fini les fiascos de plateformes bricolées sous dépendance étrangère. Un État indépendant peut développer des infrastructures numériques auditables et modulaires, adaptées à sa population.
- Décentralisation réelle : en abolissant les chevauchements Ottawa–Québec, on simplifie radicalement l’État et on libère les ressources pour les services essentiels.
- Constitution souveraine : au lieu d’une vitrine symbolique, un acte fondateur qui affirme le pouvoir constituant du peuple québécois et consacre la souveraineté nationale.
Une leçon politique : l’indépendance comme seul cap
Le retour de François Legault à « l’ADN de la CAQ » illustre une vérité simple : sans souveraineté, tout programme finit par se dissoudre dans l’impuissance.
Un parti qui promet d’agir « autrement » mais refuse de se doter des leviers de l’indépendance finit par répéter les mêmes erreurs que ses prédécesseurs. La CAQ a voulu fermer le débat national, mais c’est le débat national qui la rattrape.
Les Québécois ne se laisseront pas convaincre par des slogans recyclés. Ils veulent des résultats tangibles, une vision claire et un avenir qui ne soit pas suspendu aux humeurs d’Ottawa.
Conclusion : le cap PQ → OUI → indépendance
François Legault rejoue les notes d’un vieux disque, espérant ranimer l’enthousiasme des débuts. Mais l’usure du pouvoir, les échecs économiques et l’absence de vision nationale rendent ce retour aux sources creux et tardif.
Le Québec n’a pas besoin d’un gouvernement qui promet de « lever des pierres » à la veille des élections. Il a besoin d’un peuple qui lève la tête et prend son destin en main.
La CAQ est un détour. Le Parti Québécois est le cap. Le OUI est l’avenir.
L’indépendance du Québec est l’inévitable.