Le Parti québécois entre aujourd’hui dans la phase la plus exigeante de sa reconstruction. Le temps où il pouvait se contenter d’incarner le retour d’une option politique, de retrouver ses électeurs historiques ou de profiter de l’effondrement de ses adversaires est terminé. À soixante jours des élections générales du 5 octobre, et à un peu plus de trois semaines du déclenchement prévu de la campagne, le PQ doit désormais démontrer qu’il ne possède pas seulement un chef populaire, une identité forte et une avance dans les sondages, mais qu’il est prêt à gouverner le Québec.
Le sondage Pallas Data réalisé au début d’août place le PQ à 31 %, devant le Parti libéral à 27 %, la CAQ à 19 %, le Parti conservateur à 14 % et Québec solidaire à 9 %. Paul St-Pierre Plamondon arrive également premier lorsqu’on demande qui ferait le meilleur premier ministre. Cette position est favorable, mais elle ne constitue ni une victoire acquise ni un mandat politique clair. Une avance de quatre points peut disparaître au cours d’une campagne, sous l’effet d’une erreur, d’un débat raté, d’une proposition mal préparée ou d’un déplacement du vote stratégique.
Le PQ ne doit donc plus agir comme un parti qui cherche à redevenir pertinent. Il doit agir comme un gouvernement potentiel soumis, dès maintenant, aux exigences de compétence, de cohérence, de discipline et de responsabilité qui accompagnent cette prétention.
Le premier objectif : transformer une avance fragile en mandat de gouvernement
La principale erreur que pourrait commettre le PQ serait de confondre sa première place actuelle avec une adhésion complète à son projet.
Une partie de ses appuis provient certainement de souverainistes convaincus. Une autre vient d’électeurs nationalistes déçus de la CAQ, d’anciens adéquistes, de sociaux-démocrates qui ne se reconnaissent plus dans Québec solidaire, de citoyens préoccupés par le français, de régions qui se sentent négligées et de Québécois qui veulent simplement remplacer le gouvernement actuel. Cette coalition est réelle, mais elle demeure hétérogène.
Le PQ doit chercher à la consolider plutôt qu’à la réduire par une succession de tests idéologiques.
Il ne gagnera pas l’élection en demandant aux électeurs d’adhérer immédiatement à chacune de ses positions historiques, à chaque élément de son projet national et à toutes les conclusions de son analyse du fédéralisme. Il la gagnera en démontrant qu’un gouvernement péquiste améliorerait concrètement la capacité du Québec à décider, à administrer ses services publics, à protéger sa langue, à produire de la richesse et à préparer démocratiquement son avenir.
Cela suppose un changement de posture. Le PQ doit continuer de parler de convictions, mais il doit maintenant parler davantage de décisions, d’échéanciers, de coûts, de personnel, de structures administratives et de résultats mesurables.
Un parti d’opposition peut dénoncer les échecs d’un gouvernement. Un gouvernement potentiel doit expliquer ce qu’il conservera, ce qu’il modifiera, ce qu’il abolira, dans quel ordre il agira et comment il évitera de reproduire les mêmes problèmes.
Présenter un contrat de gouvernement à deux étages
Le PQ doit présenter aux Québécois un contrat politique simple, composé de deux étages complémentaires.
Le premier doit porter sur le gouvernement quotidien du Québec : santé, logement, coût de la vie, éducation, efficacité de l’État, économie, énergie, transport et développement des régions.
Le second doit porter sur le projet national : protection du français, affirmation des compétences québécoises, préparation de l’indépendance et consultation démocratique sur l’avenir politique du Québec.
Ces deux étages ne doivent pas être opposés. Le projet national doit être présenté comme un moyen d’accroître la capacité d’action du Québec, tandis que la qualité du gouvernement doit servir de démonstration que le Québec peut exercer davantage de responsabilités.
Le PQ ne doit surtout pas donner l’impression que les problèmes quotidiens seraient secondaires en attendant l’indépendance. Les Québécois ne vivent pas dans une transition constitutionnelle abstraite. Ils cherchent aujourd’hui un médecin, un logement abordable, une place en service de garde, une école fonctionnelle, un transport fiable et un revenu suffisant pour payer leur épicerie.
Un sondage Léger publié en mars plaçait la santé et les services sociaux au premier rang des priorités du prochain gouvernement, devant le coût de la vie et le logement abordable. Les enjeux constitutionnels et identitaires arrivaient derrière ces préoccupations immédiates. Cette hiérarchie ne signifie pas que la question nationale est sans importance. Elle signifie qu’un parti qui aspire à gouverner doit relier son projet national aux besoins concrets de la population.
La bonne formule ne consiste donc pas à choisir entre « gouverner » et « faire l’indépendance ». Elle consiste à montrer que le PQ peut gouverner efficacement tout en préparant sérieusement et honnêtement la décision nationale.
Publier rapidement un plan des cent premiers jours
À partir d’aujourd’hui, le PQ devrait préparer et rendre public un véritable plan des cent premiers jours.
Ce document ne devrait pas être un autre programme général rempli d’intentions. Il devrait identifier un nombre limité de décisions que le gouvernement prendrait immédiatement après son entrée en fonction.
Il pourrait préciser, par exemple, les premières directives qui seraient données aux ministères, les projets devant faire l’objet d’un audit, les postes clés à pourvoir, les urgences législatives, les mécanismes de contrôle des grands projets informatiques et immobiliers, ainsi que les premières mesures concernant le logement, les soins de première ligne et la planification énergétique.
Un tel plan aurait plusieurs avantages.
Il obligerait d’abord le parti à établir des priorités. Le programme national du PQ couvre l’indépendance, la langue, la culture, la démocratie, l’intelligence artificielle, le climat, l’agriculture, l’économie, la santé, l’éducation, la justice sociale, la sécurité, l’immigration et les relations internationales. Cette richesse témoigne d’une ambition gouvernementale, mais aucun gouvernement ne peut tout entreprendre simultanément.
Le plan des cent premiers jours permettrait ensuite de distinguer les engagements immédiatement réalisables des réformes nécessitant plusieurs années. Il réduirait les attentes irréalistes et protégerait le gouvernement contre la dispersion.
Il enverrait enfin un signal important à l’administration publique : le PQ ne souhaite pas prendre le pouvoir pour improviser, purger l’appareil ou remplacer systématiquement les structures existantes. Il arrive avec des orientations claires, mais comprend que l’État possède une mémoire institutionnelle, des contraintes juridiques, des compétences spécialisées et des opérations qui doivent se poursuivre pendant la transition.
Le PQ devrait aussi constituer dès maintenant une équipe de transition discrète, compétente et resserrée. Celle-ci devrait travailler sur les nominations, les dossiers urgents, l’organisation du Conseil des ministres, les relations avec la fonction publique et la mécanique budgétaire.
La transition gouvernementale ne commence pas le lendemain de l’élection. Elle commence lorsque la possibilité de prendre le pouvoir devient crédible.
Faire de la rigueur financière une preuve de sérieux
Le PQ ne pourra pas présenter un programme crédible en additionnant simplement des dépenses populaires.
Le budget québécois prévoit pour 2026-2027 un déficit comptable de 6,3 milliards de dollars, soit 0,9 % du PIB. Après les versements au Fonds des générations, le déficit budgétaire prévu atteint 8,6 milliards. La situation est meilleure que ce qui avait été anticipé l’année précédente, mais elle ne permet pas de financer sans arbitrage toutes les nouvelles initiatives souhaitables.
Chaque engagement important du PQ devrait donc être accompagné de quatre informations : son coût, sa source de financement, son échéancier et le résultat attendu.
Cela ne signifie pas qu’il doit adopter une politique d’austérité ou renoncer à investir. Cela signifie qu’il doit distinguer un investissement productif d’une dépense permanente mal financée, une réorganisation utile d’une restructuration coûteuse et un besoin réel d’une promesse électorale improvisée.
Il devrait également indiquer quelles dépenses existantes seront réévaluées. Un parti qui promet seulement d’ajouter des programmes évite la partie la plus difficile du gouvernement : mettre fin à ce qui ne fonctionne plus.
Le PQ devrait annoncer une méthode permanente d’évaluation des politiques publiques. Les grands programmes devraient être assortis d’objectifs vérifiables, de données accessibles, d’évaluations indépendantes et de mécanismes de correction. Lorsqu’un programme échoue, le gouvernement devrait pouvoir le modifier ou l’abandonner sans présenter ce changement comme une humiliation politique.
La meilleure réponse aux échecs de gestion récents n’est pas de prétendre que le PQ ne commettra jamais d’erreur. C’est de démontrer qu’il disposera de mécanismes plus efficaces pour les détecter, les reconnaître et les corriger.
Ne pas cacher l’indépendance, mais ne pas transformer l’élection en référendum prématuré
Le PQ a raison de ne pas cacher sa raison d’être. Un parti qui dissimulerait son projet central afin d’être élu perdrait ensuite la confiance de la population et une partie de sa propre base.
Son projet national affirme explicitement qu’un gouvernement péquiste consulterait les Québécois sur l’avenir politique du Québec au cours d’un premier mandat. Il prévoit également l’utilisation de moyens gouvernementaux pour préparer le Québec, la nomination d’un ministre d’État responsable de cette préparation et la création éventuelle d’une commission sur l’indépendance.
Cette clarté doit être maintenue.
Mais la clarté n’oblige pas à précipiter le calendrier, à improviser la question référendaire ou à traiter l’élection générale comme si elle constituait déjà le troisième référendum.
Le sondage Pallas du début d’août mesure l’appui à la souveraineté à 29 %, contre 59 % d’opposition et 12 % d’indécis. Les résultats d’un seul sondage ne déterminent pas l’avenir d’un projet historique, mais ils imposent une conclusion stratégique : le PQ ne peut pas supposer qu’une victoire électorale équivaudrait automatiquement à un mandat populaire en faveur de l’indépendance.
Il doit donc proposer une démarche crédible plutôt qu’une date spectaculaire.
Cette démarche devrait comprendre un travail d’information, la publication des études économiques et juridiques, l’examen des questions monétaires, commerciales et territoriales, un dialogue structuré avec les Premières Nations et les Inuit, ainsi qu’une présentation transparente des risques, des coûts de transition et des possibilités.
Le PQ ne convaincra pas les indécis en leur disant que leurs inquiétudes sont infondées. Il les convaincra en répondant sérieusement à chacune d’elles.
Il devrait également reconnaître qu’une campagne référendaire ne peut être gagnée uniquement avec les électeurs souverainistes actuels. Elle exige une coalition plus large que celle nécessaire pour gagner une élection provinciale. Cela impose un langage capable de rejoindre les Québécois qui ne partagent pas encore la conclusion indépendantiste, mais qui pourraient être convaincus par une démonstration de compétence, de stabilité et d’ouverture.
L’indépendance doit être présentée comme une proposition offerte à la population, non comme une épreuve de loyauté imposée aux citoyens.
Définir les conditions d’une consultation légitime
Le PQ devrait préciser avant l’élection les principes qui encadreraient une éventuelle consultation, sans nécessairement fixer immédiatement sa date.
Il devrait notamment s’engager à publier les documents préparatoires, à respecter une période suffisante de débat, à soumettre les règles à un examen juridique rigoureux, à assurer un financement équitable des camps et à reconnaître sans ambiguïté le résultat.
Son projet propose des mécanismes de surveillance renforcés, une carte d’électeur obligatoire et la présence d’observateurs internationaux. Ces propositions peuvent être défendues, mais elles devront être justifiées par des problèmes précis et non par une présomption générale de fraude ou d’illégitimité.
Le PQ ne devrait pas donner l’impression qu’il cherche à modifier les règles parce qu’il anticipe un résultat défavorable. Toute réforme du processus référendaire doit accroître la confiance de l’ensemble de la population, y compris celle des fédéralistes.
La solidité démocratique du processus sera aussi importante que l’argument économique ou identitaire. Une indépendance obtenue par une démarche perçue comme biaisée commencerait dans la division. Une démarche incontestable, même âprement débattue, renforcerait la légitimité de la décision collective.
Élargir la coalition sans diluer le projet
Le prochain défi du PQ consiste à élargir sa coalition électorale.
Il doit conserver les souverainistes convaincus, mais aussi rejoindre les électeurs nationalistes de la CAQ, les électeurs préoccupés par les services publics, les entrepreneurs, les jeunes ménages, les travailleurs du secteur privé, les communautés culturelles francophones, les anglophones ouverts au dialogue et les citoyens qui ne se définissent pas d’abord par la question constitutionnelle.
Cet élargissement ne nécessite pas d’abandonner les convictions du parti. Il exige de les traduire dans un langage accessible et applicable.
La défense du français, par exemple, ne doit pas être présentée seulement comme une série d’interdictions. Elle doit inclure la qualité de l’école française, l’accès à la francisation, la culture, le travail en français, la découvrabilité des contenus québécois et l’intégration sociale des nouveaux arrivants.
Le projet national du PQ propose notamment d’étendre la Loi 101 aux cégeps, de renforcer la francisation et de revoir le financement des établissements anglophones. Ces propositions auront des conséquences importantes. Elles devront être expliquées avec précision, accompagnées de données et mises en œuvre de manière à ne pas transformer chaque citoyen anglophone ou immigrant en adversaire présumé.
Une majorité nationale ne se construit pas en désignant continuellement des groupes suspects. Elle se construit autour d’une langue commune, d’institutions partagées, de droits clairs et d’une participation possible pour tous.
Le PQ doit particulièrement éviter de confondre fermeté et hostilité. La fermeté consiste à établir des règles, à les expliquer et à les appliquer uniformément. L’hostilité consiste à entretenir un climat où certaines personnes ont constamment l’impression de devoir prouver leur appartenance.
Construire une relation crédible avec les Premières Nations et les Inuit
Le projet d’indépendance ne pourra pas être crédible s’il traite les peuples autochtones comme un dossier secondaire à régler après coup.
Le PQ affirme vouloir fonder ses relations avec les Premières Nations et les Inuit sur l’égalité, la reconnaissance mutuelle, le respect de l’autodétermination et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Il propose également un forum parlementaire permanent, une plus grande cogestion des territoires et une participation accrue à la gouvernance des sociétés d’État.
Ces engagements sont importants, mais ils devront être transformés en relations politiques réelles.
Le PQ devrait commencer maintenant à rencontrer les gouvernements et organisations autochtones, sans attendre une victoire électorale et sans limiter les discussions au soutien éventuel à l’indépendance. Les questions territoriales, linguistiques, économiques et constitutionnelles doivent être discutées en amont.
Il ne devrait pas présumer que les peuples autochtones partageront automatiquement l’interprétation péquiste du droit à l’autodétermination. Il devra reconnaître leurs positions propres, leurs droits et leur capacité de négocier directement.
Une relation de nation à nation ne peut pas être invoquée seulement lorsqu’elle sert le récit national québécois. Elle doit produire des obligations concrètes, y compris lorsque les discussions sont difficiles.
Miser sur une équipe, pas seulement sur un chef
Paul St-Pierre Plamondon constitue actuellement l’un des principaux actifs du PQ. Son rôle dans la reconstruction du parti est incontestable. Mais plus le PQ se rapproche du pouvoir, plus la personnalisation de sa réussite devient un risque.
Une campagne gouvernementale ne peut pas reposer entièrement sur la performance d’un seul homme.
Le parti doit mettre en valeur une équipe capable de gouverner les grands ministères. Les électeurs doivent pouvoir identifier des personnes crédibles en santé, en finances, en économie, en éducation, en énergie, en environnement, en justice, en relations avec les Autochtones et en administration publique.
Les candidats ne devraient pas être sélectionnés uniquement en fonction de leur notoriété, de leur loyauté ou de leur capacité à gagner une circonscription. Le PQ doit aussi rechercher des compétences complémentaires, de l’expérience organisationnelle, une connaissance des institutions et une aptitude à travailler collectivement.
Il devrait soumettre ses candidats à des vérifications rigoureuses dès maintenant. Les anciennes publications, les intérêts financiers, les conflits potentiels, les comportements professionnels et les controverses prévisibles doivent être examinés avant la campagne.
Une vérification sérieuse n’éliminera pas tous les problèmes, mais elle réduira les crises évitables.
Le PQ ne devrait pas non plus remplir son entourage de personnes convaincues de partager toutes les mêmes analyses. Un gouvernement a besoin de contradicteurs capables d’identifier une erreur avant qu’elle ne devienne publique.
La loyauté utile consiste à protéger la mission du gouvernement en lui disant la vérité. La complaisance consiste à protéger momentanément le chef au prix d’une erreur future.
Ne pas surinterpréter les sondages
Le PQ doit considérer les sondages comme des mesures temporaires, non comme des permissions d’être imprudent.
En juin, un sondage Léger indiquait que seulement 47 % des électeurs avaient arrêté définitivement leur choix. Autrement dit, plus de la moitié demeuraient susceptibles de changer d’avis à quelques mois du scrutin.
Une campagne électorale réorganise les perceptions. Elle concentre l’attention, augmente l’exposition des chefs, pousse les électeurs à comparer les programmes et encourage le vote stratégique.
Le PQ sera également soumis à un examen plus dur que lorsqu’il occupait une position marginale. Ses chiffres seront vérifiés, ses candidats seront fouillés, ses contradictions seront exploitées et ses propositions seront évaluées non comme des idées d’opposition, mais comme de futures politiques gouvernementales.
Le parti ne doit pas se plaindre de cette exigence. Elle est le prix normal d’une prétention au pouvoir.
Il devrait donc éviter les déclarations improvisées destinées à satisfaire une audience militante pendant quelques heures. Une phrase applaudie dans une assemblée partisane peut devenir le centre d’une campagne adverse pendant plusieurs semaines.
La discipline ne signifie pas l’absence de spontanéité. Elle signifie que chaque intervention importante doit servir un objectif politique identifiable.
Ne pas mener la campagne contre des caricatures
Le PQ doit critiquer ses adversaires avec fermeté, mais il ne doit pas réduire leurs électeurs à des caricatures.
Tous les électeurs libéraux ne sont pas hostiles au français. Tous les anciens électeurs caquistes ne sont pas des nationalistes incohérents. Tous les électeurs solidaires ne sont pas indifférents à la question nationale. Tous les fédéralistes ne votent pas par peur ou par soumission.
Une campagne qui méprise les motivations des électeurs adverses rend leur ralliement impossible.
Le PQ devrait concentrer ses attaques sur les décisions, les résultats, les contradictions et la crédibilité des formations concurrentes. Il devrait éviter les procès d’intention et les condamnations globales.
Cette règle vaut aussi pour Ottawa. Le PQ doit documenter les conflits de compétences, les coûts du fédéralisme et les décisions contraires aux intérêts du Québec. Mais il ne devrait pas attribuer automatiquement chaque difficulté québécoise au gouvernement fédéral.
Les échecs relevant de Québec doivent être reconnus comme tels. Une administration péquiste devra assumer la responsabilité de ses propres décisions. Cette capacité à distinguer les responsabilités renforcera, plutôt qu’elle n’affaiblira, la critique du régime fédéral.
Ne pas promettre de réparer simultanément tous les systèmes
L’une des tentations les plus dangereuses d’un parti longtemps éloigné du pouvoir consiste à vouloir tout transformer dès son arrivée.
Le PQ ne devrait pas lancer en même temps une réorganisation complète de la santé, une réforme scolaire majeure, une nouvelle politique linguistique, une transformation de la fiscalité, une refonte de l’immigration, de grands projets énergétiques et toute la préparation référendaire.
Même les bonnes réformes échouent lorsqu’elles dépassent la capacité administrative de l’État.
Le parti doit établir une séquence.
Les premières interventions devraient viser les problèmes urgents, les décisions réversibles, la collecte de données et la restauration des capacités administratives. Les transformations plus profondes devraient suivre après une période de diagnostic et de préparation.
Le PQ devrait aussi préserver les éléments qui fonctionnent. Le fait qu’une mesure ait été adoptée par la CAQ, les libéraux ou un gouvernement fédéral ne la rend pas automatiquement mauvaise. La continuité institutionnelle est parfois plus efficace que la rupture.
Un nouveau gouvernement doit corriger ce qui échoue, non effacer systématiquement ce qui le précède.
Ne pas gouverner la campagne à partir des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux sont utiles pour mobiliser, expliquer et répondre rapidement. Ils ne doivent cependant pas déterminer la stratégie quotidienne du parti.
Les militants les plus actifs en ligne ne représentent pas l’ensemble de l’électorat. Les controverses numériques peuvent donner une impression trompeuse de l’importance d’un enjeu. Un sujet dominant pendant douze heures sur une plateforme peut n’avoir presque aucune influence sur le vote.
Le PQ doit conserver une capacité de communication directe, mais il devrait refuser la logique de réaction permanente.
Toutes les provocations ne nécessitent pas une réponse. Toutes les critiques ne méritent pas une réplique du chef. Toutes les erreurs d’un adversaire ne doivent pas devenir une campagne nationale.
La meilleure discipline consiste parfois à laisser mourir une controverse qui ne touche aucune priorité réelle.
Le parti devrait concentrer son énergie sur les communications qui renforcent sa crédibilité gouvernementale : présentation d’une équipe, annonce chiffrée, explication d’une réforme, visite régionale, démonstration de compétence ou clarification d’un engagement.
Ce que le PQ devrait faire dès aujourd’hui
À partir du 6 août, le PQ devrait entrer dans une logique de prétransition.
Il devrait finaliser son cadre financier, hiérarchiser ses engagements, compléter ses vérifications de candidatures, constituer son équipe de transition et préparer ses principaux porte-parole aux dossiers gouvernementaux.
Il devrait publier avant le déclenchement de la campagne quelques documents courts et décisifs : un contrat de gouvernement, un plan des cent premiers jours, une méthode de préparation du référendum et un cadre de gestion des finances publiques.
Il devrait également organiser sa campagne autour d’une question simple : pourquoi un gouvernement péquiste serait-il plus capable que ses adversaires d’améliorer concrètement la vie des Québécois et de renforcer durablement leur pouvoir collectif?
Toutes les annonces devraient contribuer à répondre à cette question.
Le parti devrait enfin préparer l’après-victoire autant que la victoire elle-même. Gagner une élection avec des attentes immenses, une équipe insuffisamment préparée et une administration mal comprise pourrait transformer rapidement un succès historique en déception.
Le véritable objectif ne doit pas être seulement de prendre le pouvoir le 5 octobre. Il doit être de l’exercer suffisamment bien pour conserver la confiance nécessaire aux décisions suivantes.
Passer du retour politique à la capacité historique
Le PQ a déjà réussi une partie remarquable du travail. Il a survécu à une période où plusieurs annonçaient sa disparition. Il a retrouvé une direction claire, une base militante, une présence parlementaire et une possibilité réelle de former le prochain gouvernement.
Mais le succès passé de sa reconstruction ne garantit pas la réussite de la prochaine étape.
À partir d’aujourd’hui, le PQ doit cesser de se mesurer à ce qu’il était lorsqu’il se trouvait au plus bas. Il doit se mesurer aux exigences du gouvernement qu’il souhaite former.
Il doit demeurer indépendantiste sans être impatient, nationaliste sans être excluant, ambitieux sans être irréaliste, critique sans être systématiquement négatif et discipliné sans devenir artificiel.
Il doit surtout comprendre que la meilleure démonstration en faveur d’une plus grande autonomie politique du Québec sera sa propre capacité à administrer l’État québécois avec compétence, transparence et constance.
Le PQ ne doit pas renoncer à son projet pour rassurer les électeurs. Il doit rendre ce projet rassurant par la qualité de sa préparation.
Il ne doit pas cacher les difficultés de l’indépendance. Il doit démontrer qu’il possède la maturité nécessaire pour les affronter.
Il ne doit pas promettre un gouvernement parfait. Il doit offrir un gouvernement capable de connaître ses limites, d’établir des priorités, d’assumer ses décisions et de corriger ses erreurs.
Les prochaines semaines détermineront si le Parti québécois est seulement redevenu une force politique ou s’il est réellement prêt à devenir une force gouvernementale et historique.
C’est désormais sur cette différence qu’il sera jugé.

