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Analyses

PSPP n’a pas besoin de gagner le débat. Il doit prouver qu’il peut être premier ministre

11 minutes de lecture

Le prochain débat des chefs ne sera probablement pas gagné par celui qui lancera la meilleure pointe, qui réussira la formule la plus virale ou qui coincera un adversaire pendant trente secondes.

Pour Paul St-Pierre Plamondon, l’enjeu est ailleurs.

Il doit sortir du débat en ayant réduit une question beaucoup plus importante dans l’esprit des Québécois : est-il prêt à être premier ministre?

Cette nuance est capitale.

Le Parti québécois n’est plus dans la situation d’un parti qui cherche simplement à attirer l’attention. Il est maintenant pris au sérieux comme candidat au pouvoir. Le dernier sondage Léger disponible donne toujours au PQ une avance dans les intentions de vote, tandis que 60 % des répondants disent souhaiter un changement de gouvernement. Mais sur la question de savoir qui ferait le meilleur premier ministre, PSPP et Christine Fréchette sont à égalité à 23 %. (TVA Nouvelles)

Voilà probablement le véritable terrain du débat.

Le désir de changement existe déjà.

Ce qui reste à conquérir, c’est la confiance nécessaire pour remettre les clés de l’État.

Le Face-à-Face du 15 septembre arrive exactement au bon moment pour mesurer cette capacité. Pendant deux heures, les cinq chefs devront débattre autour de trois thèmes : « Économie sous tension », « Nos impôts, nos services » et « L’avenir du Québec ». (TVA Nouvelles)

Difficile d’imaginer un meilleur examen pour PSPP.

Économie. Services publics. Question nationale.

Autrement dit : les trois domaines où un chef péquiste doit démontrer qu’il peut passer du rôle d’opposant efficace à celui de premier ministre.

Le PQ ne doit plus chercher à impressionner

Un parti qui tire de l’arrière peut vouloir provoquer un moment.

Il lui faut une séquence spectaculaire, une attaque qui marque, une proposition inattendue.

Le PQ n’est plus là.

Il mène une campagne où son propre slogan appelle les Québécois à lui faire confiance. PSPP a lui-même présenté son équipe comme un « gouvernement en attente » et insisté sur le besoin de redonner confiance dans le gouvernement. (TVA Nouvelles)

À partir de ce moment, les standards changent.

Une opposition peut dénoncer.

Un gouvernement potentiel doit expliquer.

Une opposition peut réclamer.

Un gouvernement potentiel doit chiffrer.

Une opposition peut dire ce qui ne fonctionne pas.

Un gouvernement potentiel doit montrer ce qu’il ferait lundi matin.

C’est pourquoi PSPP n’a pas besoin de « battre » Christine Fréchette, Charles Milliard, Éric Duhaime et Ruba Ghazal dans chaque échange.

Il doit apparaître comme celui qui pourrait raisonnablement présider le Conseil des ministres le lendemain de l’élection.

C’est beaucoup plus exigeant.

La première qualité à démontrer : la maîtrise

Le mauvais moment vécu récemment par PSPP lorsqu’il n’a pas été capable de donner le budget du ministère de la Santé n’est pas, à lui seul, un événement électoral majeur.

Mais il fournit un avertissement utile.

Le problème n’est pas qu’un chef doive connaître chaque ligne budgétaire de mémoire. Aucun premier ministre ne connaît les milliers de chiffres de l’État.

Mais certains grands ordres de grandeur appartiennent à la boîte à outils minimale d’un aspirant premier ministre.

Santé.

Éducation.

Déficit.

Dette.

Dépenses de programmes.

Principaux engagements de son propre parti.

Un débat télévisé est justement l’endroit où cette maîtrise devient visible.

Pas parce que les citoyens veulent assister à un concours de mémorisation.

Parce que la connaissance des dossiers produit une impression plus profonde : celle d’un chef qui sait où il va.

PSPP doit donc arriver au débat avec une discipline presque ennuyeuse.

Un chiffre avancé doit être exact.

Une promesse doit avoir son coût.

Une économie doit avoir son mécanisme.

Une échéance doit être réaliste.

Une incertitude doit être reconnue comme telle.

C’est ainsi qu’on transforme une bonne campagne en crédibilité gouvernementale.

Sur l’économie, il faut rassurer avant de convaincre

Le premier thème du Face-à-Face sera « Économie sous tension ». (TVA Nouvelles)

Il touche directement le meilleur argument de la CAQ.

Christine Fréchette peut dire, avec une certaine force politique, que le Québec traverse une période internationale difficile : guerre commerciale, imprévisibilité américaine, tensions économiques, investissements fragilisés.

Son argument sera probablement simple : ce n’est pas le moment d’ajouter de l’incertitude.

Le PQ commettrait une erreur s’il répondait comme si cette inquiétude était absurde.

Elle ne l’est pas.

Des entreprises peuvent réellement craindre une détérioration de l’accès au marché américain.

Des travailleurs peuvent réellement craindre pour leur emploi.

Des ménages peuvent réellement redouter une récession.

La bonne réponse n’est donc pas : « Il n’y a aucun risque. »

Elle est : « Voilà comment nous allons gérer ce risque. »

C’est là que PSPP doit devenir premier ministre devant les caméras.

Quels secteurs seraient prioritaires ?

Quels outils Québec possède-t-il déjà ?

Comment soutenir les entreprises touchées sans subventionner indistinctement tout le monde ?

Comment diversifier les marchés ?

Comment collaborer avec Ottawa lorsque les intérêts convergent ?

Que faire lorsque les intérêts du Québec divergent ?

L’indépendance peut ensuite entrer dans cette démonstration, mais à sa juste place.

Un Québec souverain ne contrôlerait pas Donald Trump.

Il ne ferait pas disparaître les cycles économiques.

Il ne garantirait pas l’accès gratuit au marché américain.

Ce qu’il posséderait, c’est le contrôle de sa propre politique commerciale, de ses propres négociations et de ses propres choix d’État.

Voilà une argumentation adulte.

La souveraineté ne promet pas l’absence de tempêtes. Elle donne le gouvernail.

Sur les impôts et les services, les chiffres compteront davantage que les slogans

Le deuxième thème sera probablement le plus dangereux pour tous les partis : « Nos impôts, nos services ». (TVA Nouvelles)

Tout le monde veut de meilleurs services.

Tout le monde veut protéger le pouvoir d’achat.

Tout le monde promet une meilleure efficacité.

Mais l’État ne peut pas simultanément réduire toutes les taxes, augmenter toutes les dépenses et éliminer tous les déficits par magie.

Le PQ doit donc montrer qu’il comprend la contrainte.

C’est exactement là qu’un cadre financier crédible devient plus important qu’une nouvelle annonce.

PSPP devrait être capable d’expliquer trois choses avec simplicité.

Premièrement : quelles sont ses priorités absolues ?

Deuxièmement : lesquelles coûtent réellement plus cher ?

Troisièmement : comment les financer sans faire reposer l’équilibre budgétaire sur des économies imaginaires ?

Cette dernière distinction est importante.

Une économie déjà identifiée n’est pas la même chose qu’une économie qu’on espère trouver après une révision des programmes.

Et une économie éventuelle n’est pas la même chose qu’une retombée économique théorique.

Un chef prêt à gouverner doit montrer qu’il connaît cette différence.

Il peut même gagner en crédibilité en reconnaissant qu’une mesure adverse est bonne lorsqu’elle l’est.

Si la CAQ présente une solution utile, il peut le dire.

Si le PLQ propose une idée raisonnable, il peut le reconnaître.

Si le PCQ soulève un problème réel d’efficacité de l’État, il peut l’admettre.

Un chef de gouvernement n’a pas besoin de prétendre que ses quatre adversaires se trompent sur tout.

Il doit plutôt montrer qu’il possède le meilleur jugement pour distinguer ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas.

Sur l’avenir du Québec, PSPP doit refuser deux pièges

Le troisième thème, « L’avenir du Québec », mènera évidemment au référendum et à l’indépendance. (TVA Nouvelles)

Deux pièges l’attendent.

Le premier serait d’essayer de minimiser son propre projet.

Le PQ promet un référendum.

Il doit l’assumer.

Faire semblant que cette question serait accessoire donnerait raison à ceux qui l’accusent de vouloir cacher ses intentions.

Le deuxième piège serait exactement inverse : laisser tout le débat se transformer en référendum anticipé.

L’élection du 5 octobre et un éventuel référendum ne sont pas le même scrutin.

Le 5 octobre, les Québécois choisiront qui dirigera le gouvernement du Québec.

Dans un éventuel référendum, ils décideraient du statut politique du Québec.

Cette distinction est essentielle parce qu’elle respecte l’intelligence de l’électeur.

On peut croire que PSPP serait le meilleur premier ministre sans avoir encore décidé comment voter au référendum.

On peut vouloir changer de gouvernement sans avoir terminé sa réflexion constitutionnelle.

On peut voter PQ pour la santé, le logement, les finances publiques ou le bilan de la CAQ et réserver son jugement sur le Oui.

Le travail du PQ n’est pas de demander à ces électeurs de fermer les yeux.

Il est de gagner leur confiance une étape à la fois.

Il faut répondre aux attaques, mais ne pas vivre dans la riposte

Les débats produisent une tentation naturelle : répondre à tout.

Chaque adversaire arrive avec ses lignes d’attaque.

Fréchette parlera probablement d’incertitude.

Milliard cherchera à opposer fédéralisme et souverainisme.

Duhaime attaquera les dépenses et l’État.

Ghazal cherchera à occuper le terrain progressiste et indépendantiste.

Si PSPP passe deux heures à répondre aux quatre autres, il perdra même s’il a techniquement raison.

Pourquoi ?

Parce qu’un premier ministre ne choisit pas seulement ses réponses.

Il choisit les priorités de son gouvernement.

PSPP doit donc avoir un centre de gravité.

Chaque échange devrait pouvoir revenir vers quelques idées constantes :

le Québec doit être mieux gouverné;

les services doivent produire davantage de résultats;

les finances doivent être maîtrisées;

les familles doivent retrouver de l’air;

le gouvernement doit être capable de faire face aux crises;

et, ultimement, le Québec devrait posséder l’ensemble des pouvoirs nécessaires pour décider de son avenir.

Ce fil conducteur est beaucoup plus important qu’une collection de bonnes répliques.

Le calme peut devenir une arme

PSPP possède déjà une image de politicien combatif, articulé et convaincu.

Il n’a pas besoin d’en rajouter.

Son défi est presque inverse.

Il doit montrer qu’il peut absorber une attaque sans se laisser entraîner hors de ses priorités.

Un premier ministre est constamment confronté à des mauvaises nouvelles, des demandes contradictoires, des crises et des oppositions.

Il ne peut pas gouverner comme s’il était toujours dans un débat universitaire.

Il doit décider.

C’est pourquoi une réponse comme « ce chiffre mérite d’être vérifié » peut parfois être meilleure qu’une contre-attaque improvisée.

« Cette proposition contient un élément intéressant, mais voici pourquoi nous choisirions autre chose » peut être plus forte qu’une caricature.

« Je ne peux pas garantir ce résultat, mais voici le levier que nous contrôlerions » peut être plus rassurant qu’une promesse absolue.

La retenue n’est pas de la faiblesse lorsqu’elle repose sur la maîtrise.

Elle devient de l’autorité.

Le véritable adversaire de PSPP sera le doute

À regarder seulement les échanges, on pourrait croire que le débat opposera cinq chefs.

Pour PSPP, le véritable adversaire sera plus abstrait.

Le doute.

Le doute de l’électeur qui veut changer de gouvernement mais se demande si le PQ est prêt.

Le doute de celui qui apprécie le chef mais craint que le référendum monopolise le mandat.

Le doute de celui qui partage plusieurs diagnostics péquistes mais veut voir les chiffres.

Le doute de celui qui pense que la CAQ mérite de partir, mais se demande si changer maintenant constitue un risque.

Le débat doit réduire ces doutes.

Pas tous les éliminer.

Simplement en enlever suffisamment.

C’est ainsi qu’une avance électorale peut devenir un mandat.

Une victoire sans moment spectaculaire

Le meilleur résultat pour PSPP, le soir du 15 septembre, pourrait finalement être assez peu spectaculaire.

Pas de phrase historique.

Pas d’adversaire « détruit ».

Pas de coup de théâtre.

Seulement une impression qui s’installe tranquillement après deux heures :

il connaît ses dossiers.

Il sait ce qu’il veut faire.

Il sait ce que ça coûte.

Il ne panique pas lorsqu’on le contredit.

Il peut reconnaître une limite.

Il peut expliquer son projet national sans fuir ni exagérer.

Il est capable de prendre une décision.

Il ressemble à quelqu’un qu’on pourrait voir entrer au Conseil exécutif le lendemain de l’élection.

Voilà la victoire dont le PQ a besoin.

Les Québécois ont déjà largement exprimé leur désir de changement dans le dernier sondage Léger. (TVA Nouvelles) Le travail de PSPP n’est donc plus seulement d’incarner ce changement.

Il doit en réduire le risque perçu.

Et s’il réussit cela au débat, il aura accompli quelque chose de beaucoup plus important que de remporter quelques échanges.

Il aura commencé à répondre à la question qui sépare encore un parti en avance d’un gouvernement majoritaire :

« Est-ce qu’on peut réellement lui confier le Québec ? »

Le 15 septembre, Paul St-Pierre Plamondon n’a pas besoin de gagner un débat.

Il doit donner suffisamment de raisons aux Québécois de répondre oui.

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Jean-Christophe Gagnon