La CAQ ne peut pas faire campagne comme si elle arrivait au pouvoir
Chronique d’opinion — Le Repère, 10 septembre 2026
En mai 2025, le Vérificateur général du Québec constatait que la Société d’habitation du Québec ne disposait pas des informations suffisantes pour bien comprendre comment ses interventions répondaient aux besoins des ménages. L’accès aux logements subventionnés demeurait complexe, et la difficulté à démarrer rapidement les constructions compromettait l’atteinte des objectifs. Le rapport reconnaissait des ajustements pour accélérer les projets, mais concluait que des difficultés persistaient. Voilà un point de départ autrement plus sérieux pour cette campagne que le nombre de fois où un chef prononce les mots « coût de la vie ». Rapport du Vérificateur général, mai 2025.
Ce constat oblige à poser une question précise au gouvernement sortant : qu’avez-vous corrigé depuis, et comment pouvons-nous le vérifier ? Une annonce supplémentaire ne répond pas automatiquement à cette question. Un budget peut augmenter pendant que les délais s’allongent. Des projets peuvent s’accumuler dans les documents administratifs pendant que des familles cherchent encore un logement. Pour juger un gouvernement, il faut suivre l’argent jusqu’au service reçu.
La CAQ approche de huit années au pouvoir. Christine Fréchette peut proposer de nouvelles orientations et vouloir corriger certaines décisions. Elle possède ce droit, et les électeurs doivent examiner sérieusement ce qu’elle présente. Mais le changement de cheffe ne fait pas disparaître la responsabilité du parti qui demande un troisième mandat. Au lancement de la campagne, elle a choisi de présenter Donald Trump comme son véritable adversaire. La menace commerciale mérite toute notre attention ; elle ne remplace cependant pas l’examen du gouvernement québécois. Associated Press, 28 août 2026.
Je crois que le débat doit se fixer là. Chaque fois que la CAQ reconnaît un problème et annonce une solution, il faut remettre sur la table ses engagements antérieurs, les moyens déjà accordés et les résultats obtenus. Ce travail permet aussi de reconnaître les progrès lorsqu’ils existent. Il empêche surtout qu’une campagne transforme une responsabilité gouvernementale en simple concours d’intentions.
Le coût de la vie se comprend à partir de ce qui reste dans les poches après les dépenses nécessaires. Une aide peut procurer un soulagement réel. Pour une personne qui hésite entre deux factures, ce soulagement compte immédiatement. Mais sa portée dépend de ce qui arrive ensuite au loyer, aux frais de déplacement, aux besoins de santé et aux autres dépenses incontournables. Un gouvernement doit donc expliquer à la fois comment il aide maintenant et comment il réduit durablement la pression.
Cette distinction révèle la dimension économique des services publics. Lorsqu’un service devient inaccessible, une partie de son coût peut être transférée aux familles. Il faut payer une solution de remplacement, manquer du travail, multiplier les déplacements ou demander davantage à un proche. Le budget gouvernemental ne montre pas toujours cette facture. Pourtant, elle existe dans la vie des gens. Une politique du pouvoir d’achat qui ignore l’accès aux services laisse de côté une partie du problème.
Le logement permet de voir concrètement ce qu’une autre approche pourrait apporter. Hier, le Parti québécois a présenté un plan comprenant un remboursement de TVQ pouvant atteindre 45 000 $ pour les premiers acheteurs de maisons neuves et pour l’autoconstruction. Il propose aussi de faire passer le crédit d’impôt pour une première habitation de 1 400 $ à 3 000 $. Son annonce comprend des mesures visant la construction, notamment la certification d’immeubles préfabriqués et standardisés, avec une cible de trente jours pour l’approbation des permis concernés. Ce sont des engagements électoraux, dont la réalisation reste à démontrer. Plan du PQ présenté le 9 septembre 2026.
L’intérêt de cette proposition tient au lien qu’elle tente d’établir entre l’aide aux acheteurs et la capacité de construire. L’objection mérite néanmoins d’être examinée : soutenir financièrement l’achat peut alimenter les prix si l’offre ne suit pas. Il faudra donc juger ensemble le soutien accordé, les habitations supplémentaires et les délais réels de réalisation. Les plafonds, les conditions d’admissibilité et le coût total du programme devront également être clairs. Soutenir le PQ avec sérieux implique de vouloir ces réponses.
L’accès à la propriété ne peut pas, par ailleurs, tenir lieu de politique complète du logement. Des ménages souhaitent demeurer locataires. D’autres n’auront pas les moyens d’acheter malgré une aide fiscale. Leur sécurité résidentielle possède la même valeur. Un gouvernement doit être capable d’améliorer simultanément l’accès à la propriété, l’offre locative et le logement social, en précisant les besoins auxquels répond chaque intervention. Le succès se mesure à la possibilité de se loger convenablement selon ses moyens.
Le soutien à domicile offre un deuxième exemple. Le 7 septembre, le PQ s’est engagé à augmenter de 50 % le budget consacré aux soins à domicile. Son plan prévoit également une aide de 10 000 $ pour transformer une propriété en maison intergénérationnelle et une bonification annuelle de 10 millions de dollars du Programme d’adaptation de domicile. Le parti propose un accès simplifié par les CLSC et la participation de différents partenaires de services. Cette orientation place l’autonomie des personnes au centre d’une proposition gouvernementale concrète. Plan du PQ pour le soutien à domicile.
Là encore, le montant annoncé constitue un moyen. Pour apprécier le résultat, je voudrais connaître les heures de services supplémentaires réellement offertes, les délais avant une première visite et la stabilité des équipes auprès des bénéficiaires. Il faudra préciser le budget de référence de cette hausse, son calendrier et les ressources humaines nécessaires. Une famille doit pouvoir comprendre ce qui changera dans sa semaine. C’est à cette échelle que la compétence gouvernementale devient visible.
Il faut aussi prendre au sérieux l’objection concernant les proches aidants. Favoriser la vie à domicile ne doit pas devenir une façon de leur transférer davantage de responsabilités sans soutien suffisant. Le répit, la continuité des services et l’adaptation des logements doivent faire partie de l’exécution. L’autonomie d’une personne ne devrait pas dépendre de l’épuisement silencieux d’une autre. Un véritable virage doit améliorer la situation des deux.
Ces exigences renforcent l’argument en faveur du Parti québécois. Elles permettent de défendre une alternative gouvernementale sur autre chose que le rejet de la CAQ. Les propositions des derniers jours donnent matière à discuter de construction, d’accès aux services et d’organisation du travail. Paul St-Pierre Plamondon a intérêt à être jugé sur cette capacité de transformer une orientation en action compréhensible. Comme citoyen, c’est aussi sur ce terrain que je souhaite lui accorder ma confiance.
Le gouvernement sortant possède évidemment une réponse légitime : il a traversé des crises, et plusieurs difficultés existaient avant son arrivée. On ne peut pas attribuer à Québec toutes les variations des prix, tous les problèmes de main-d’œuvre ou toutes les décisions commerciales étrangères. Une critique qui prétendrait le contraire serait facile à démolir. Mais ces contraintes rendent d’autant plus nécessaire l’évaluation des décisions qui relevaient effectivement du gouvernement. Il faut distinguer ce qu’il subissait de ce qu’il pouvait changer.
Cette discipline doit aussi guider notre lecture des relations avec Ottawa. Le 8 septembre, Paul St-Pierre Plamondon a défendu des contre-tarifs plus ciblés et demandé que les intérêts des entreprises québécoises soient mieux pris en compte. Il a également proposé de rendre publiques ses demandes au gouvernement canadien. On peut discuter du choix précis des mesures commerciales. La publication des demandes permettrait au moins aux citoyens de comparer les objectifs annoncés aux résultats obtenus. Déclaration du chef du PQ, 8 septembre 2026.
Défendre le Québec exige cette précision. Une rencontre cordiale n’établit pas, à elle seule, qu’une demande a été satisfaite. Un désaccord public ne prouve pas davantage qu’une stratégie fonctionne. Il faut nommer ce qui était demandé, ce qui a été obtenu et les conséquences pour les travailleurs, les entreprises et les contribuables. La coopération mérite d’être reconnue lorsqu’elle produit des résultats. Les désaccords méritent d’être exposés lorsqu’ils concernent des intérêts réels.
L’indépendance prend son sens dans cette réflexion sur la responsabilité. Je la défends parce qu’elle vise à donner au Québec la pleine capacité de décider de ses orientations nationales et d’en répondre devant sa population. Cette ambition exige une préparation administrative, économique et démocratique sérieuse. Elle ne dispense jamais de bien gérer les pouvoirs déjà disponibles. Au contraire, un mouvement qui souhaite en exercer davantage doit montrer qu’il comprend les conditions concrètes de leur utilisation.
Un Québec indépendant continuerait de négocier avec ses voisins et de subir des contraintes économiques. Aucun pays ne décide seul de tout ce qui lui arrive. Mais disposer de ses propres institutions nationales permet de déterminer directement ses priorités et de choisir les compromis que l’on accepte. C’est une responsabilité exigeante. Elle mérite mieux que les promesses magiques de ses défenseurs ou les scénarios automatiques de catastrophe de ses adversaires.
Ce matin, je souhaite donc que cette campagne nous rende plus exigeants envers ceux qui veulent gouverner. Pour la CAQ, cela signifie répondre de son bilan et démontrer ce qui rendrait un troisième mandat différent. Pour le PQ, cela signifie poursuivre la présentation d’une alternative précise, financée et capable de fonctionner. Les citoyens doivent pouvoir comparer des décisions et leurs conséquences, puis reconnaître qui devra rendre des comptes.
Mon appui au Parti québécois s’inscrit dans cette exigence. Je veux un gouvernement qui améliore la vie quotidienne et prépare sérieusement la capacité du Québec à décider de son avenir. Les engagements présentés cette semaine offrent des raisons concrètes de soutenir cette direction. Il faudra les défendre avec rigueur et en exiger la réalisation.
La CAQ peut demander un nouveau mandat. Elle doit d’abord expliquer pourquoi les Québécois devraient lui accorder encore du temps.

