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Analyses

Le référendum a-t-il vraiment coûté la majorité au PQ ?

6 minutes de lecture

Depuis le 20 octobre, le verdict circule comme s’il était définitif : Paul St-Pierre Plamondon aurait obtenu un gouvernement majoritaire s’il avait renoncé à promettre un référendum sur l’indépendance. Le sondage Léger donne du poids à cette lecture. Mais entre constater qu’une promesse a fait perdre des appuis et prétendre connaître le résultat d’une élection qui n’a jamais eu lieu, il y a une différence. Elle mérite mieux qu’une manchette.

Commençons par les faits. Le 5 octobre, le Parti québécois a remporté 59 des 127 sièges, cinq de moins que les 64 nécessaires pour gouverner majoritairement. Il a obtenu 28,02 % des votes. C’est une victoire importante sur le plan parlementaire, mais elle repose sur moins du tiers des suffrages. On peut célébrer le retour du PQ au pouvoir sans maquiller ce rapport de forces.

Léger a interrogé 1 014 Québécois du 9 au 12 octobre. Quand on leur demande pour qui ils auraient voté si le PQ avait annoncé qu’il ne tiendrait pas de référendum pendant son mandat, sa part grimpe à 35 %. Sept points de plus que son résultat électoral. Ce n’est pas rien. Mais regardons le questionnaire au complet.

À une autre question, les répondants devaient simplement dire pour qui ils voteraient s’ils retournaient aux urnes, maintenant qu’ils connaissent le résultat. Le PQ y atteint déjà 30 %, sans qu’on change sa promesse. Dans l’hypothèse où il renonce au référendum, il monte à 35 %. L’écart entre ces deux scénarios est donc de cinq points, pas de sept. Les bases de calcul diffèrent légèrement, mais la nuance demeure importante.

Surtout, ce sont des intentions déclarées après le scrutin, à partir de questions hypothétiques. Ce n’est pas une machine à refaire le 5 octobre.

Autre problème : 35 % des votes à l’échelle du Québec ne garantit pas 64 sièges. Notre système électoral récompense la répartition géographique des voix, et pas seulement leur nombre. Pour conclure que le PQ aurait été majoritaire, il faudrait savoir dans quelles circonscriptions les électeurs supplémentaires se seraient manifestés, et contre qui. Le sondage présenté ne permet pas de le démontrer.

Faut-il alors écarter son avertissement ? Certainement pas.

Chez les répondants qui ont voté, 16 % identifient la tenue d’un référendum comme principal enjeu de leur choix, presque autant que les 17 % qui mentionnent le coût de la vie. Plus encore, 67 % des personnes sondées ne souhaitent pas de référendum pendant le mandat, contre 20 % qui en veulent un. Même parmi les électeurs péquistes, les avis sont partagés : 45 % souhaitent cette consultation, 42 % préfèrent qu’elle n’ait pas lieu.

Ces chiffres indiquent une réticence profonde qu’il serait irresponsable de balayer du revers de la main. La crainte de l’instabilité économique, la fatigue devant les batailles constitutionnelles et l’urgence des services publics sont des préoccupations légitimes. Le PQ ne gagnera rien à les traiter comme de simples prétextes fédéralistes. Il devra répondre, concrètement, à ce qu’un référendum changerait, à ce qu’il coûterait et à la manière dont le Québec traverserait cette période.

Mais il y a une question que les conclusions rapides évitent : quel Parti québécois aurait gagné sans cette promesse ?

Le PQ n’est pas une coalition électorale improvisée autour d’un chef populaire. C’est un parti dont la raison d’être est l’indépendance. Demander à Paul St-Pierre Plamondon de taire le référendum pour gagner cinq sièges, ce n’est pas simplement lui conseiller une meilleure campagne publicitaire. C’est lui demander de modifier un engagement central présenté aux électeurs. Une telle volte-face aurait pu séduire certains indécis, mais elle aurait aussi soulevé des questions de crédibilité chez ceux qui ont appuyé sa franchise.

D’ailleurs, le même sondage suggère que tous les électeurs péquistes n’auraient pas suivi ce changement de cap. On ne peut donc pas additionner mécaniquement les gains possibles en faisant comme si les pertes, la mobilisation et la confiance n’existaient pas. La politique est un rapport de forces vivant, pas une feuille de calcul où l’on retire une promesse sans modifier le reste.

Il faut également reconnaître la stratégie des adversaires. Les libéraux, la CAQ et les conservateurs ont insisté sur le référendum en fin de campagne. Ils avaient parfaitement le droit de le faire : l’indépendance engage l’avenir du Québec et personne n’est tenu d’y consentir. Mais cette focalisation a aussi déplacé le débat. Le coût de la vie, le logement, l’état des services et la capacité de décision du Québec risquaient de passer derrière une seule question : « Voulez-vous un référendum ? »

Là se trouve le défi du gouvernement péquiste. Il a reçu le mandat de gouverner; il n’a pas reçu un « oui » anticipé à l’indépendance. Inversement, son statut minoritaire ne l’oblige pas à renier la raison d’être du parti. Il l’oblige à convaincre. À faire la preuve, par ses décisions, que la volonté de prendre davantage de responsabilités pour le Québec améliore la vie des citoyens.

Le calendrier référendaire devra être expliqué honnêtement, sans esquive ni précipitation. Un Livre bleu, des chiffres vérifiables, un débat sérieux sur la monnaie, les finances publiques, les accords commerciaux et les relations avec Ottawa valent davantage que des formules répétées. Et pendant ce temps, le gouvernement devra livrer des résultats sur les préoccupations immédiates de la population. Il ne peut pas demander un chèque en blanc constitutionnel en échange d’un bilan gouvernemental à venir.

Alors, le référendum a-t-il coûté la majorité au PQ ? Il a probablement limité son bassin électoral. C’est ce que les données suggèrent, et il serait absurde de le nier. Qu’il lui ait fait perdre exactement cinq sièges reste toutefois une hypothèse, pas un fait établi.

La vraie erreur serait de choisir entre deux illusions : croire que la victoire du PQ vaut adhésion populaire à l’indépendance, ou croire qu’un PQ débarrassé de son projet aurait automatiquement mieux gouverné. Le parti a gagné le pouvoir en disant ce qu’il voulait faire. Il doit maintenant mériter la confiance nécessaire pour aller plus loin.

Une majorité parlementaire se compte en sièges. Une majorité pour faire un pays se construit autrement.

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Jean-Christophe Gagnon

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