Le Québec veut changer de gouvernement. Le PQ doit maintenant devenir le changement rassurant
Le nouveau sondage Léger contient une donnée beaucoup plus importante que les quelques points qui séparent les partis.
Le Parti Québécois demeure premier à 29 %. La CAQ suit à 23 %. Le Parti libéral continue de reculer. Mais le chiffre qui devrait définir la prochaine étape de la campagne est ailleurs : 60 % des Québécois souhaitent un changement de gouvernement, contre seulement 18 % qui préfèrent le statu quo.
Voilà le véritable terrain électoral.
Christine Fréchette peut mener une bonne campagne. Elle peut gagner certaines journées. Elle peut annoncer de bonnes mesures. Elle peut même améliorer son image personnelle. Tout cela est réel et le PQ aurait tort de le nier.
Mais elle dirige toujours le parti qui gouverne le Québec depuis huit ans.
C’est précisément ce que le sondage semble révéler : une partie de l’électorat distingue maintenant la performance de Christine Fréchette de son désir de remplacer la CAQ.
Pour le Parti Québécois, c’est une occasion exceptionnelle. Mais ce n’est pas encore une victoire.
Le changement doit devenir une confiance
Le premier piège serait de regarder le 29 % et de conclure que le travail est fait.
Il ne l’est pas.
Selon Léger, 56 % des électeurs considèrent maintenant leur choix comme définitif. Le vote commence donc à se cristalliser. Cela protège davantage le PQ contre un effondrement soudain, mais ça réduit aussi progressivement le bassin d’électeurs disponibles pour aller chercher les quelques points supplémentaires qui pourraient transformer un gouvernement minoritaire en gouvernement majoritaire.
Le défi du PQ devient ainsi très précis.
Il ne suffit plus d’être le parti qui incarne le mieux le mécontentement envers la CAQ.
Il faut devenir le parti auquel un électeur prudent est prêt à remettre les clés de l’État.
Cette différence est fondamentale.
Un électeur peut vouloir mettre fin au gouvernement caquiste sans être encore convaincu par Paul St-Pierre Plamondon. Il peut être insatisfait des services publics tout en craignant une nouvelle réorganisation. Il peut aimer certaines propositions péquistes tout en se demandant si les finances publiques seront maîtrisées. Il peut même envisager de voter PQ sans être souverainiste.
C’est exactement cet électeur-là que le PQ doit maintenant rassurer.
Le sondage contient d’ailleurs un signal intéressant. Christine Fréchette est considérée par davantage de répondants comme menant la meilleure campagne. Pourtant, lorsqu’on demande qui ferait le meilleur premier ministre, elle se retrouve à égalité avec Paul St-Pierre Plamondon.
Ce résultat devrait être pris très au sérieux.
PSPP n’a pas besoin de gagner un concours de sympathie. Il doit gagner un jugement de compétence.
Et cette bataille-là est encore très ouverte.
Les aînés : voilà à quoi ressemble une campagne d’élargissement
L’annonce péquiste sur le soutien à domicile constitue un bon exemple de ce que devrait être la suite de la campagne.
Le PQ propose 1,3 milliard de dollars supplémentaires sur quatre ans pour renforcer le soutien à domicile, une aide pouvant atteindre 10 000 $ pour certaines transformations intergénérationnelles, une bonification du Programme d’adaptation de domicile et un accès facilité au crédit d’impôt pour maintien à domicile.
Cette annonce est intéressante politiquement parce qu’elle ne parle pas d’abord aux militants péquistes.
Elle parle aux gens qui veulent rester chez eux lorsqu’ils vieillissent. Elle parle aux enfants qui commencent à s’inquiéter pour leurs parents. Elle parle aux proches aidants. Elle parle à un électorat plus âgé auprès duquel la CAQ demeure particulièrement compétitive.
Surtout, PSPP a fait quelque chose qu’un parti d’opposition fait trop rarement : il a reconnu qu’une partie de la situation avait changé depuis 2022.
Son ancienne promesse en matière de soutien à domicile était beaucoup plus coûteuse. Pourquoi la réduire aujourd’hui? Parce que la CAQ a effectué certains investissements depuis et parce que la situation budgétaire s’est détériorée.
Il faut continuer exactement dans cette direction.
Reconnaître ce qui a été fait correctement par l’adversaire n’affaiblit pas une critique. Cela la rend crédible.
Le PQ n’a pas besoin de prétendre que huit années de CAQ ont été huit années de néant.
Il doit plutôt poser une question plus difficile :
Après huit années, où en sommes-nous réellement ?
Combien avons-nous dépensé ?
Quels résultats avons-nous obtenus ?
Et quelle politique permettrait maintenant de faire mieux ?
C’est ainsi qu’un parti d’opposition commence à ressembler à un gouvernement.
Ne pas donner à la CAQ le monopole du patriotisme économique
La même discipline doit s’appliquer à la guerre tarifaire.
Le gouvernement Fréchette a annoncé des mesures permettant notamment de favoriser davantage les entreprises québécoises et canadiennes dans certains marchés publics et de donner une préférence à la valeur ajoutée produite ici.
Sur le principe, c’est une bonne idée.
Le PQ ne devrait pas avoir peur de le dire.
Quand le gouvernement du Québec utilise effectivement un pouvoir qu’il possède pour soutenir nos entreprises, nos travailleurs et nos chaînes d’approvisionnement, la réaction souverainiste crédible n’est pas de chercher artificiellement une raison de s’y opposer.
Elle consiste à dire : très bien. Utilisons tous les pouvoirs que nous avons.
Puis regardons ceux que nous n’avons pas.
Et c’est précisément ce que la guerre commerciale permet maintenant de comprendre.
Québec peut agir sur ses marchés publics. Il peut soutenir ses entreprises. Il peut accompagner les travailleurs. Il peut favoriser l’achat québécois. Il peut aider certaines entreprises à diversifier leurs marchés.
Mais lorsqu’il faut déterminer les droits de douane canadiens, choisir les contre-tarifs ou négocier officiellement avec Washington, le dernier mot n’est pas à Québec.
Il est à Ottawa.
Voilà une manière beaucoup plus forte de défendre l’indépendance que de prétendre qu’elle réglerait magiquement la guerre commerciale.
Un Québec indépendant pourrait lui aussi être confronté à Donald Trump. Il pourrait lui aussi subir des tarifs américains. Il pourrait perdre une négociation.
La différence serait ailleurs : le gouvernement responsable devant les Québécois posséderait directement les instruments commerciaux d’un État et répondrait lui-même de leur utilisation.
Pouvoir ne signifie pas victoire automatique.
Pouvoir signifie responsabilité.
C’est probablement l’un des arguments souverainistes les plus importants à installer pendant cette campagne.
Le référendum ne doit pas avaler le gouvernement
La CAQ possède encore un intérêt évident à transformer l’élection en anticipation du référendum.
Pourquoi ?
Parce qu’un électeur qui juge la CAQ sur son bilan peut vouloir la remplacer.
Le même électeur, placé soudainement devant une décision beaucoup plus vaste sur l’avenir constitutionnel du Québec, peut devenir prudent et revenir vers le statu quo.
Le PQ ne doit pas tomber dans ce piège.
L’élection et le référendum sont deux décisions différentes.
Le 5 octobre, les Québécois choisissent d’abord un gouvernement.
Un gouvernement PQ aurait ensuite la responsabilité de gouverner, de préparer son projet, de démontrer sa compétence et éventuellement de demander aux Québécois de trancher démocratiquement la question nationale.
Les étapes doivent être assumées.
Vote PQ.
Gouvernement.
Préparation.
Référendum.
Décision populaire.
Transition si le Oui l’emporte.
Présenter cette séquence clairement ne diminue pas l’ambition indépendantiste. Cela la rend plus sérieuse.
Et surtout, cela permet à quelqu’un de dire aujourd’hui :
« Je ne sais pas encore comment je voterais dans un référendum, mais je pense que le PQ devrait gouverner. »
Cette phrase-là pourrait décider de l’élection.
La CAQ a maintenant un problème plus profond que sa cheffe
Christine Fréchette constitue probablement le meilleur argument actuel de la CAQ.
Le problème est que le sondage Léger suggère qu’elle ne suffit pas.
Si 60 % veulent un changement de gouvernement alors que Fréchette est perçue comme menant une bonne campagne, cela signifie qu’une nouvelle dirigeante ne réussit pas encore à transformer huit années de gouvernement en page blanche.
C’est ici que le PQ doit être méthodique.
Chaque nouvelle promesse caquiste devrait être examinée selon la même chaîne :
Quel problème reconnaît-on aujourd’hui ?
Qu’avait promis le gouvernement auparavant ?
Combien d’argent a déjà été consacré ?
Quel résultat mesurable a été obtenu ?
Qu’est-ce qui change maintenant ?
Et pourquoi la nouvelle mesure produirait-elle un meilleur résultat ?
Cette méthode est beaucoup plus dangereuse pour la CAQ que l’indignation quotidienne.
Elle oblige le gouvernement sortant à faire quelque chose qu’un gouvernement en campagne préfère souvent éviter : comparer ses nouvelles promesses à ses anciens résultats.
Le PQ doit maintenant finir le travail
Le sondage Léger n’annonce pas une victoire péquiste.
Il révèle une possibilité.
Le désir de changement existe.
Le PQ arrive premier.
PSPP est compétitif comme premier ministre.
La CAQ ne semble pas bénéficier d’une vague Fréchette.
Et la guerre tarifaire, malgré son importance réelle, n’a pas encore renversé les intentions de vote.
Mais les 29 % montrent également la limite actuelle du PQ.
Les derniers sièges nécessaires ne se gagneront probablement pas en convainquant davantage les souverainistes convaincus.
Ils se gagneront chez les Québécois qui veulent du changement, mais qui veulent surtout être certains qu’ils n’échangent pas une déception contre une aventure.
C’est pourquoi les prochaines semaines doivent être une démonstration.
Aînés.
Logement.
Finances publiques.
Économie.
Fonctionnement de l’État.
Et, chaque fois que la réalité révèle un pouvoir que Québec ne possède pas, expliquer calmement ce que changerait l’indépendance.
Pas comme une formule magique.
Comme une responsabilité supplémentaire.
Le PQ possède aujourd’hui quelque chose qu’il n’avait pas toujours possédé dans les campagnes précédentes : le désir de changement travaille pour lui.
Sa tâche est maintenant de transformer ce désir en confiance.
Si les Québécois arrivent au 5 octobre en pensant non seulement « je veux que ça change », mais « je suis prêt à voir Paul St-Pierre Plamondon gouverner », la majorité deviendra réellement accessible.
Et si un gouvernement péquiste démontre ensuite qu’un Québec peut être administré avec compétence, discipline et ambition, une autre question deviendra progressivement beaucoup moins intimidante :
si nous sommes capables de nous gouverner correctement avec une partie des pouvoirs d’un État, pourquoi ne serions-nous pas capables d’assumer nous-mêmes l’ensemble de nos choix ?
C’est là que le changement de gouvernement peut devenir beaucoup plus qu’une alternance.
Il peut devenir une étape vers la maîtrise complète de notre avenir.

