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Analyses

Le cadre financier du PQ doit faire mieux que promettre l’équilibre : il doit montrer le risque

12 minutes de lecture

Le Parti québécois présentera son cadre financier au moment où la campagne vient de changer de nature.

Il ne suffit plus d’avoir de bonnes propositions.

Il faut maintenant démontrer qu’elles peuvent toutes cohabiter dans un même gouvernement.

Santé, soins à domicile, prévention, agriculture, logement, accès à la propriété, coût de la vie, fonctionnement de l’État : à mesure que les engagements s’accumulent, une question devient inévitable.

Combien cela coûte-t-il, et que se passe-t-il si les hypothèses ne se réalisent pas exactement comme prévu ?

C’est là que le prochain cadre financier du PQ peut faire beaucoup plus que remplir une obligation électorale.

Il peut devenir une preuve de gouvernement.

Mais pour y arriver, il ne devra pas seulement présenter une trajectoire qui finit par atteindre l’équilibre budgétaire.

Il devra montrer à quel point cette trajectoire résiste lorsque la réalité refuse de suivre le scénario central.

Tous les partis peuvent construire un déficit zéro sur papier

Un cadre financier produit nécessairement un scénario.

On estime la croissance économique.

On prévoit les revenus.

On évalue les dépenses.

On inscrit les nouvelles mesures.

On ajoute les économies attendues.

Puis on regarde où se trouve le solde budgétaire quatre ou cinq ans plus tard.

L’exercice est indispensable.

Mais il contient une faiblesse fondamentale : un tableur accepte toujours les hypothèses qu’on lui donne.

Le défi n’est donc pas simplement d’arriver à zéro.

Le défi est de démontrer que les hypothèses utilisées pour y arriver sont suffisamment prudentes pour survivre à la réalité.

Le PLQ vient justement de présenter un cadre prévoyant un retour à l’équilibre en 2029-2030. Il mise notamment sur plus de 4,2 milliards de dollars d’économies découlant de la modernisation et d’une efficacité accrue de l’État. Charles Milliard reconnaît lui-même qu’une réduction des effectifs ne peut se produire sans certains changements dans les services.

Québec solidaire vise également l’équilibre en 2029-2030, mais par une architecture complètement différente, comprenant notamment une fiscalité accrue sur les grandes fortunes et une réserve pouvant atteindre 2 milliards pour absorber les conséquences économiques des politiques américaines.

Le PCQ a lui aussi présenté un cadre financier très détaillé.

La bonne nouvelle est donc que les partis acceptent de montrer leurs calculs.

La mauvaise serait de croire qu’un même « déficit zéro » signifie nécessairement la même solidité financière.

Ce n’est pas le cas.

Un dollar certain ne vaut pas un dollar espéré

Voilà peut-être la distinction que le PQ devrait rendre visible mieux que tous les autres.

Il existe plusieurs espèces de dollars dans un cadre financier.

Il y a d’abord la dépense certaine.

Si le gouvernement annonce un programme qui coûtera 500 millions, ce montant doit être financé.

Il y a ensuite l’économie identifiée.

Si une structure est supprimée et qu’on sait exactement quelles dépenses disparaîtront, l’économie possède un degré relativement élevé de certitude.

Puis vient l’économie à réaliser.

« Nous moderniserons l’État et trouverons 500 millions d’efficacité » peut être un objectif légitime. Mais tant qu’on ne sait pas précisément où, comment et selon quel échéancier, ce 500 millions ne possède pas la même certitude que l’abolition d’une dépense déjà identifiée.

Viennent ensuite les revenus économiques anticipés.

Une réforme peut stimuler l’investissement, l’emploi ou la productivité et produire davantage de recettes fiscales.

Très bien.

Mais il s’agit alors d’un effet attendu.

Et enfin, il existe les revenus dépendant de décisions ou de paramètres extérieurs au gouvernement québécois : transferts fédéraux, conjoncture internationale, croissance américaine, taux d’intérêt, effets d’une guerre commerciale.

Mettre tous ces dollars dans une même colonne sans montrer leur niveau de risque est légalement possible.

Mais intellectuellement, ils ne sont pas équivalents.

Le cadre du PQ devrait montrer cette différence.

Le PQ devrait publier le risque avec la promesse

Voilà ce qui pourrait distinguer véritablement son exercice.

Pour chaque engagement important, il faudrait pouvoir répondre à quelques questions simples :

Combien coûte la mesure ?

Quand commence-t-elle ?

Est-ce une dépense ponctuelle ou permanente ?

Quel revenu ou quelle économie la finance ?

Cette source de financement est-elle déjà identifiée ou repose-t-elle sur une hypothèse ?

Et que fait-on si l’hypothèse ne se réalise pas ?

Cette dernière question est rarement la plus séduisante.

C’est pourtant celle qu’un gouvernement finit toujours par rencontrer.

Supposons qu’une économie administrative arrive un an plus tard que prévu.

Que fait-on ?

Supposons que la croissance économique soit plus faible.

Que fait-on ?

Supposons que les revenus fédéraux soient inférieurs aux prévisions.

Que fait-on ?

Supposons qu’une guerre commerciale provoque une récession.

Que fait-on ?

Un parti d’opposition peut se contenter de présenter le scénario qu’il souhaite.

Un gouvernement potentiel doit également être capable de présenter le scénario qu’il redoute.

Le contexte américain rend cette prudence encore plus nécessaire

Le premier thème du Face-à-Face de TVA du 15 septembre sera justement « Économie sous tension ». Les deux autres seront « Nos impôts, nos services » et « L’avenir du Québec ». Autrement dit, le cadre financier du PQ sera immédiatement confronté aux trois questions fondamentales de la campagne : l’économie, la capacité de payer les services et le projet national.

Donald Trump ne constitue donc pas simplement un sujet de débat constitutionnel.

Il constitue un risque budgétaire.

Une détérioration du commerce peut réduire les investissements.

Des pertes d’emplois peuvent réduire les revenus fiscaux.

Une récession peut accroître certaines dépenses au moment même où les revenus diminuent.

Voilà pourquoi le meilleur moyen de rassurer les Québécois n’est pas de promettre que tout ira bien.

C’est de montrer que le gouvernement disposerait d’une marge lorsqu’une partie des choses va mal.

Un cadre financier qui ne fonctionne que lorsque toutes les hypothèses fonctionnent n’est pas prudent.

C’est un scénario parfait.

Or, les gouvernements gouvernent rarement dans des scénarios parfaits.

Le PQ devrait être plus sévère envers lui-même que ses adversaires ne le seront

Cela peut sembler contre-intuitif pour un parti en campagne.

Normalement, on essaie de présenter le meilleur portrait possible.

Mais le Parti québécois est dans une situation particulière.

Il ne cherche plus seulement à démontrer qu’il possède de bonnes idées.

Il cherche à convaincre les Québécois qu’il peut prendre le contrôle de l’appareil gouvernemental.

Et ultimement, il leur propose quelque chose de beaucoup plus considérable encore : assumer tous les pouvoirs d’un État indépendant.

Le niveau de rigueur devrait donc monter avec l’ambition.

Si le PQ prévoit 300 millions d’économies, il devrait indiquer combien sont déjà identifiées et combien doivent encore être trouvées.

S’il prévoit une croissance additionnelle, il devrait dire clairement qu’il s’agit d’un rendement attendu et non d’un chèque déjà encaissé.

S’il compte sur une augmentation de revenus provenant d’Ottawa, il devrait distinguer ce que Québec contrôle de ce qu’il ne contrôle pas.

S’il utilise une provision existante, il devrait la nommer comme telle.

Et s’il existe une marge d’erreur, il devrait la publier.

Ce ne serait pas un aveu de faiblesse.

Ce serait une démonstration de contrôle.

Présenter le cadre sans PSPP crée une obligation supplémentaire

Le choix de confier la présentation du cadre à l’équipe économique pendant que Paul St-Pierre Plamondon prépare les débats est défendable.

Un gouvernement n’est pas un homme seul.

Un parti sérieux doit pouvoir montrer qu’il possède des économistes, des gens d’affaires et des spécialistes capables de maîtriser les comptes publics.

Le problème est ailleurs.

Le cadre financier est précisément le document qui relie toutes les promesses du chef.

PSPP devra donc démontrer lui-même, au débat, qu’il en maîtrise l’architecture.

Pas chaque tableau.

Pas chaque centième de pourcentage.

Mais les grands chiffres.

Le déficit.

La trajectoire vers l’équilibre.

Le coût des principaux engagements.

Les économies les plus importantes.

Les hypothèses les plus fragiles.

La marge disponible.

Et les choix qui seraient faits si l’économie se détériore.

Après son hésitation récente sur le budget de la Santé, le standard sera particulièrement élevé.

Ce n’est pas injuste.

C’est ce qui arrive lorsqu’un chef devient un véritable candidat au poste de premier ministre.

Une équipe économique forte devrait justement accepter cet examen

Le PQ affirme posséder une équipe économique particulièrement solide.

Alors qu’il le démontre.

Pas en produisant le tableau le plus optimiste.

En produisant celui qui résiste le mieux aux questions.

La vraie profondeur économique ne consiste pas à trouver une hypothèse qui équilibre les comptes.

Elle consiste à savoir laquelle de ses propres hypothèses risque de casser en premier.

C’est exactement ce qu’un ministre des Finances doit savoir.

Et cela permettrait au PQ de se distinguer à la fois du PLQ et du PCQ.

Au PLQ, il pourrait répondre : une économie d’efficacité doit être identifiée avant d’être traitée comme acquise.

Au PCQ : les effets économiques anticipés d’une déréglementation ou d’une baisse fiscale ne devraient pas être traités comme s’ils possédaient la même certitude qu’une réduction immédiate de dépense.

À la CAQ : huit années de gouvernement fournissent désormais des résultats réels à comparer aux anciennes prévisions.

Mais pour appliquer ces standards aux autres, le PQ doit accepter de les appliquer à lui-même.

C’est cela qui rendrait la critique crédible.

Une marge de prudence vaut politiquement plus qu’une promesse supplémentaire

Le PQ mène actuellement la course.

Il n’a donc pas besoin de gagner la compétition du chiffre le plus spectaculaire.

Il doit gagner celle de la confiance.

Et dans ce contexte, une marge non dépensée peut être plus convaincante qu’un engagement supplémentaire.

Pourquoi ?

Parce qu’elle dit quelque chose sur le gouvernement que le parti veut devenir.

Elle dit :

nous savons que nos prévisions peuvent être imparfaites;

nous savons que l’économie peut changer;

nous savons que Washington ne nous demandera pas la permission avant de bouleverser le commerce;

nous savons que certaines économies prendront plus de temps;

et nous avons prévu de l’espace pour absorber ces risques.

C’est beaucoup plus rassurant que de dépenser jusqu’au dernier dollar disponible dans le scénario central.

Les familles comprennent ce principe.

Les entreprises aussi.

Un gouvernement devrait le comprendre.

Il faut pouvoir suivre chaque dollar jusqu’au résultat

Mais la rigueur financière ne s’arrête pas au financement.

Elle doit aller jusqu’au résultat.

Prenons la santé.

Investir dans la prévention est un moyen.

Renforcer les CLSC est un moyen.

Augmenter les soins à domicile est un moyen.

Le résultat attendu doit être visible : meilleur accès à la première ligne, moins de pression évitable sur les urgences, davantage de patients soignés chez eux, meilleurs délais.

Même chose en logement.

Une aide financière à l’acheteur est un moyen.

Le résultat recherché doit être l’amélioration réelle de l’accès à la propriété, pas simplement le déplacement du prix payé.

Même chose en agriculture.

Même chose en éducation.

Même chose dans la modernisation de l’État.

Le cadre financier devrait donc permettre de suivre une chaîne beaucoup plus complète :

engagement → coût → financement → échéancier → responsable → risque → résultat.

Voilà à quoi ressemble un budget de gouvernement.

Le déficit zéro n’est pas la destination politique

Évidemment, le retour à l’équilibre compte.

Le Québec ne peut pas traiter les déficits permanents comme une ressource infinie.

Mais un gouvernement peut également équilibrer ses comptes de mauvaise manière.

Il peut couper des investissements nécessaires.

Reporter l’entretien d’infrastructures.

Réduire des services indispensables.

Vendre des actifs.

Utiliser des réserves temporaires pour financer des dépenses permanentes.

Ou inscrire des économies qui ne se matérialiseront jamais.

Le chiffre zéro ne suffit donc pas.

La question est :

quel État reste-t-il lorsque nous arrivons à zéro ?

C’est là que le PQ peut présenter une différence fondamentale.

Pas l’équilibre pour l’équilibre.

Un État plus efficace, capable de financer ses priorités, d’absorber les chocs et d’assumer ses responsabilités.

Le vrai test de préparation

Le cadre financier qui sera présenté ne déterminera probablement pas, à lui seul, l’élection.

Mais il peut répondre à une question beaucoup plus importante.

Le PQ est-il simplement un parti possédant un programme ambitieux ?

Ou possède-t-il déjà les réflexes d’un gouvernement ?

Un gouvernement connaît le coût de ses choix.

Il connaît aussi leurs risques.

Il sait quelles économies sont certaines et lesquelles ne le sont pas.

Il distingue ce qu’il contrôle de ce qui dépend d’Ottawa, de Washington ou de la conjoncture.

Il conserve une marge lorsque le monde change.

Et lorsqu’une hypothèse échoue, il sait quelle décision prendre ensuite.

Voilà pourquoi le prochain cadre financier du Parti québécois ne devrait pas simplement nous dire quand les comptes reviendront à l’équilibre.

Il devrait nous dire à quel point ce plan demeure viable lorsque les choses tournent moins bien que prévu.

C’est probablement le meilleur test de crédibilité économique que le PQ puisse réussir avant les débats.

Parce qu’un parti peut toujours promettre l’équilibre.

Un gouvernement prêt à gouverner doit aussi prévoir le risque.

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Jean-Christophe Gagnon