Je crois encore à l’indépendance du Québec.
Non pas parce que je pense qu’un pays réglerait miraculeusement tous nos problèmes. Non pas parce que je crois que les Québécois seraient plus sages, plus vertueux ou plus compétents que les autres peuples.
J’y crois pour une raison beaucoup plus simple : je crois à la responsabilité politique.
Pour moi, être un pays, c’est d’abord accepter de répondre de ses propres choix.
L’indépendance ne garantit pas que nous prendrons toujours les bonnes décisions. Elle signifie que nous aurons la responsabilité de les prendre nous-mêmes, d’en assumer les conséquences et, lorsque nous nous tromperons, de pouvoir changer de direction par nos propres institutions.
C’est cette idée qui demeure, à mes yeux, la grande vertu de l’indépendance.
Je ne conçois pas la souveraineté comme le programme permanent d’un parti, d’une gauche, d’une droite ou d’une génération. Un pays n’est pas une politique publique. C’est le lieu où les politiques publiques deviennent véritablement nos choix collectifs.
Dans un Québec indépendant, nous continuerions à nous disputer sur les impôts, l’immigration, l’environnement, la santé, l’éducation, la place du privé, la redistribution de la richesse et mille autres questions.
Heureusement.
Une démocratie vivante n’est pas une société où tout le monde pense pareil. C’est une société qui possède les institutions nécessaires pour trancher elle-même ses désaccords.
Voilà pourquoi ma conception de l’indépendance est profondément républicaine.
Je ne cherche pas un Québec où tous seraient d’accord avec moi. Je souhaite un Québec où personne n’aurait besoin de demander à une autre nation la permission de décider de ce qui relève fondamentalement de notre avenir collectif.
Je crois également qu’un peuple a besoin d’institutions qui correspondent clairement à sa communauté politique.
Nous avons une langue commune, une histoire particulière, une culture, un territoire, une Assemblée nationale, un droit civil, des institutions et une vie démocratique qui nous sont propres. La question que je me pose depuis longtemps demeure donc essentiellement politique : jusqu’où voulons-nous pousser la responsabilité qui accompagne cette existence nationale?
Pour moi, l’indépendance constitue la réponse la plus cohérente.
Elle permettrait de réunir dans un même État les grands leviers de décision et la responsabilité démocratique qui les accompagne.
Mais il y a quelque chose de plus profond encore.
Je crois que l’indépendance changerait notre rapport à nous-mêmes.
Il existe une différence entre administrer ce qui nous est permis d’administrer et savoir que, collectivement, la décision finale nous appartient. Être responsable oblige à devenir adulte politiquement. On ne peut plus constamment attribuer ses échecs à un autre gouvernement. On doit expliquer ses choix, lever ses propres revenus, établir ses propres priorités et rendre des comptes à sa propre population.
Cette responsabilité ne me fait pas peur.
Elle est précisément ce que je recherche.
Je n’idéalise pas davantage le Québec. Nous avons nos contradictions, nos échecs et nos faiblesses. L’indépendance ne les ferait pas disparaître.
Mais je n’ai jamais compris pourquoi nos imperfections devraient constituer un argument contre notre liberté politique.
Aucun peuple n’attend d’être parfait avant d’assumer sa propre démocratie.
Je crois aussi que l’indépendance donnerait un sens différent à notre diversité politique. Un Québec souverain n’appartiendrait pas aux indépendantistes. Dès le lendemain de sa naissance, il appartiendrait à tous ses citoyens, y compris à ceux qui auraient préféré demeurer au Canada.
C’est essentiel.
Faire un pays, ce n’est pas créer une récompense pour ceux qui ont gagné un référendum. C’est instituer une maison politique commune.
La souveraineté devrait donc être assez vaste pour accueillir le conservateur et le social-démocrate, l’écologiste et l’entrepreneur, le Montréalais et le Gaspésien, celui dont la famille est ici depuis trois siècles et celui qui vient d’arriver.
Ils n’auraient pas à partager le même projet de société.
Ils auraient simplement à partager la même démocratie.
C’est probablement ce qui explique pourquoi, malgré les années, je crois toujours aux vertus de l’indépendance du Québec.
Mon indépendantisme repose moins sur une promesse de perfection que sur une conviction de responsabilité.
Je ne sais pas quelles décisions prendrait un Québec indépendant dans cinquante ans. Et je ne voudrais surtout pas les déterminer aujourd’hui à la place des générations qui nous suivront.
Je veux simplement qu’elles puissent les prendre.
Chez elles.
Par leurs institutions.
Dans leur langue commune.
Selon leurs débats, leurs valeurs et leurs choix démocratiques.
L’indépendance, telle que je la conçois, n’est donc pas la fin de la politique québécoise.
Elle en serait, au contraire, le commencement complet.
Un peuple libre de se tromper, libre de se corriger, libre de changer de gouvernement, libre de choisir ses priorités et tenu d’en répondre devant lui-même.
Je ne demande pas davantage à la souveraineté.
Mais je ne lui demande pas moins non plus.

