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Analyses

Les finances publiques : le PQ découvre-t-il un problème plus grave que prévu ?

7 minutes de lecture

Le Repère | 4 novembre 2026

Le nouveau gouvernement péquiste n’aura pas mis longtemps à constater que les finances publiques du Québec représentent un problème majeur. Le 4 novembre, Paul St-Pierre Plamondon a évoqué des « surprises » dans les chiffres laissés par la Coalition avenir Québec. Son ministre des Finances, Nicolas Marceau, refuse désormais de garantir le retour à l’équilibre budgétaire en 2028-2029.

La nouvelle mérite qu’on s’y attarde. Non pas parce qu’un gouvernement découvre un déficit en arrivant au pouvoir. Cela, tout le monde le savait. Mais parce qu’il existe une différence importante entre connaître l’ampleur apparente d’un déficit et découvrir les contraintes réelles qui accompagnent les prévisions financières.

Pour comprendre ce qui se passe, il faut distinguer ce qui était public, ce qui demeure incertain et ce qui relève maintenant des responsabilités du Parti Québécois.

Un déficit connu avant les élections

Le 17 août 2026, le gouvernement caquiste avait publié son rapport préélectoral sur les finances publiques. Le document prévoyait un déficit comptable de 5,2 milliards de dollars pour l’exercice 2026-2027.

En ajoutant les versements prévus au Fonds des générations, le déficit au sens de la Loi sur l’équilibre budgétaire atteignait 7,7 milliards de dollars.

Ces montants n’étaient pas cachés. Ils étaient accessibles à tous les partis politiques avant les élections du 5 octobre.

Le rapport présentait même une amélioration de 1,1 milliard de dollars du déficit comptable par rapport au budget de mars.

Il serait donc inexact de prétendre que le gouvernement péquiste vient de découvrir l’existence d’un trou budgétaire dont personne ne connaissait l’ampleur générale.

Mais ce constat ne règle pas toute la question.

Des prévisions plausibles ne sont pas des garanties

La vérificatrice générale du Québec, Christine Roy, avait examiné le rapport préélectoral. Elle concluait que les hypothèses et les prévisions étaient globalement plausibles.

Le mot mérite toute notre attention.

Plausible ne signifie pas garanti. Cela signifie que les prévisions reposent sur des hypothèses raisonnables compte tenu des renseignements disponibles au moment de leur préparation.

Or, dans son analyse du 17 août, la vérificatrice générale signalait déjà des difficultés considérables.

Pour respecter la trajectoire budgétaire, elle estimait les efforts nécessaires à au moins 2 milliards de dollars en 2027-2028 et à 3 milliards en 2028-2029. Un écart supplémentaire de 1,85 milliard pouvait aussi s’ajouter pour cette dernière année.

Autrement dit, le gouvernement caquiste présentait un chemin vers l’équilibre, mais ce chemin reposait sur des décisions difficiles qui restaient à prendre.

C’est là que se trouve une partie du problème.

Un cadre financier peut être techniquement plausible tout en dépendant de restrictions futures dont les conséquences politiques et sociales n’ont pas encore été assumées.

La CAQ avait donc laissé davantage qu’un déficit. Elle avait également laissé à son successeur la responsabilité de réaliser des efforts budgétaires considérables.

La responsabilité de la CAQ

La Coalition avenir Québec a gouverné pendant huit ans. Elle a pris des décisions sur les dépenses, les investissements, l’organisation de l’État et les priorités économiques.

Elle doit maintenant répondre de leurs conséquences.

On ne peut pas présenter chaque dépense publique comme du gaspillage. La pandémie, les besoins en santé, les investissements en infrastructures et les pressions économiques ont entraîné des coûts réels.

Mais ces circonstances ne dégagent pas un gouvernement de sa responsabilité de contrôler ses engagements et d’établir des prévisions suffisamment solides.

La vérificatrice générale soulignait notamment que la trajectoire financière prévoyait un ralentissement marqué de la croissance des dépenses, susceptible d’impliquer la réduction ou la fin de certaines activités et de certains programmes.

Voilà une réalité que les déclarations rassurantes sur une maison laissée en ordre ne suffisent pas à faire disparaître.

Une autre difficulté vient d’Ottawa

Le gouvernement péquiste doit également composer avec une décision fédérale annoncée pendant la campagne électorale.

Le 15 septembre, Ottawa a présenté sa « Mégadéduction à la productivité », une mesure fiscale permettant aux entreprises de déduire immédiatement une plus grande partie de leurs investissements admissibles.

Le problème pour Québec est financier.

Si le gouvernement québécois harmonise son régime fiscal à cette mesure, le manque à gagner pourrait atteindre environ un milliard de dollars par année, selon l’estimation avancée par l’ancien ministre des Finances Eric Girard.

Ce n’est pas une petite somme.

Mais il faut être précis : l’harmonisation n’est pas automatique. Québec conserve la responsabilité de décider s’il adopte cette mesure et sous quelle forme.

Refuser l’harmonisation pourrait toutefois placer les entreprises québécoises dans une situation fiscale moins avantageuse. L’accepter sans compensation exercerait une pression supplémentaire sur les finances publiques.

Nicolas Marceau demande donc à Ottawa une contribution accrue, notamment par les transferts en santé.

On voit ici une contrainte réelle du fédéralisme canadien : une décision fiscale fédérale peut modifier l’environnement économique dans lequel Québec doit établir ses propres choix budgétaires.

Le PQ doit maintenant démontrer la solidité de son plan

Pendant la campagne, le Parti Québécois avait promis de retrouver l’équilibre budgétaire dès 2028-2029, soit un an avant l’échéance prévue par la loi.

Son cadre financier reposait notamment sur des économies dans la bureaucratie et sur une réduction graduelle des coûts de rémunération dans les secteurs public et parapublic.

L’objectif annoncé était de réaliser 1,6 milliard de dollars d’économies annuelles récurrentes à terme.

Cette orientation peut contribuer au redressement des finances, mais elle comporte une difficulté pratique.

Réduire des structures administratives ne produit pas automatiquement des économies dès la première année. Les postes doivent être réorganisés, certaines fonctions maintenues et les services essentiels protégés.

Il faut également éviter que les économies réalisées dans un ministère ne se traduisent par des coûts supplémentaires ailleurs.

Diminuer la bureaucratie est une chose. Déplacer les problèmes vers les écoles, les hôpitaux ou les organismes communautaires en est une autre.

La prudence de Nicolas Marceau, qui ne garantit plus l’échéance de 2028-2029, peut se comprendre devant les incertitudes actuelles.

Elle n’élimine cependant pas la nécessité d’expliquer clairement les changements apportés aux prévisions électorales.

Le danger serait de confondre rigueur et austérité

Les inquiétudes exprimées par Québec solidaire concernant d’éventuelles compressions dans les services publics ne peuvent être balayées du revers de la main.

Un gouvernement qui veut rétablir l’équilibre budgétaire doit préciser où il entend réaliser ses économies.

Il doit surtout mesurer leurs conséquences.

Un dollar économisé dans une procédure administrative inutile peut représenter un gain collectif. Un dollar retranché à la prévention en santé peut finir par coûter davantage quelques années plus tard.

La bonne gestion ne consiste donc pas uniquement à réduire les dépenses. Elle consiste à éliminer les dépenses inefficaces tout en préservant celles qui produisent des bénéfices durables.

C’est sur cette distinction que le gouvernement péquiste devra être jugé.

Le véritable test commence

Le gouvernement affirme avoir trouvé des surprises. C’est possible. Mais, au 4 novembre, il n’a pas encore présenté les éléments précis qui permettraient de mesurer leur importance.

Je considère donc qu’il serait prématuré de conclure à la découverte d’un déficit beaucoup plus grave que celui annoncé avant les élections.

Ce qui est déjà établi, en revanche, c’est que la situation financière était fragile, que les efforts nécessaires avaient été documentés et que de nouveaux risques fiscaux sont apparus pendant la campagne.

La prochaine mise à jour économique devra répondre à des questions simples.

Quels engagements hérités de la CAQ posent problème ? Quelles hypothèses ont changé ? Quelles économies sont réellement réalisables ? Et quels engagements du PQ pourront être respectés sans détériorer les services publics ?

La CAQ doit répondre de son bilan. Le PQ doit maintenant répondre de ses décisions.

On ne rétablit pas la confiance en répétant que la maison était en désordre. On la rétablit en montrant précisément ce qui doit être réparé, combien cela coûtera et comment on compte y parvenir.

C’est là que commencera véritablement la démonstration de compétence du nouveau gouvernement.

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Jean-Christophe Gagnon

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