Aller au contenu
Comprendre les mécanismes. Retrouver les leviers. Dernières analyses →
Analyses

Derrière les belles promesses de la CAQ

6 minutes de lecture

En campagne électorale, tout devient soudainement possible.

On va construire plus vite. On va dépenser mieux. On va améliorer les services. On va réduire la bureaucratie. On va rendre certaines dépenses plus abordables. On va corriger ce qui fonctionne mal.

Depuis le déclenchement de la campagne, l’Équipe Christine Fréchette multiplie les engagements. Le 9 septembre, par exemple, la CAQ promettait de construire les infrastructures publiques « plus vite et moins cher », notamment grâce à de nouvelles méthodes de réalisation et à la standardisation de certaines composantes.

Pris isolément, plusieurs de ces objectifs sont parfaitement défendables.

Mais voilà la question que la campagne ne devrait jamais permettre d’escamoter : la CAQ ne se présente pas devant les Québécois après huit années dans l’opposition. Elle gouverne le Québec depuis 2018.

Et après huit ans au pouvoir, une promesse n’est plus seulement une promesse.

C’est aussi un bilan.

Quand un gouvernement sortant affirme qu’il fera désormais les choses plus rapidement, il faut demander pourquoi elles ont été si lentes. Quand il promet de rendre l’État plus efficace, il faut examiner l’État qu’il laisse derrière lui. Quand il promet de mieux gérer les infrastructures, il faut regarder celles qu’il a eu huit ans pour planifier, entretenir et construire.

C’est là que le discours électoral devient beaucoup moins confortable.

Le document le plus révélateur de cette campagne n’est peut-être même pas une publicité partisane. C’est l’analyse du rapport préélectoral publiée le 17 août par le Vérificateur général du Québec.

La conclusion mérite d’être lue attentivement.

Le Vérificateur général juge les prévisions financières du gouvernement globalement plausibles, mais souligne des difficultés importantes dans les prochaines années. Pour respecter la trajectoire annoncée, Québec prévoit des efforts budgétaires d’au moins 2 milliards de dollars en 2027-2028 et d’au moins 3 milliards en 2028-2029. Ces efforts pourraient notamment prendre la forme d’une réduction ou d’une fin du financement de certaines activités et de certains programmes. Un autre écart de 1,85 milliard à résorber en 2028-2029 n’est même pas intégré aux revenus ou aux dépenses du cadre financier.

Autrement dit, pendant qu’on additionne les promesses sur les tribunes électorales, les comptes publics racontent une histoire beaucoup plus contraignante.

Ce n’est pas une opinion d’un adversaire de la CAQ.

C’est le Vérificateur général.

Il y a plus.

Le même rapport constate que les investissements prévus au Plan québécois des infrastructures diminueraient d’un peu plus de 20 % entre 2026-2027 et 2030-2031. Le Vérificateur général évoque également une diminution significative des investissements nets en immobilisations pendant une période prolongée et prévient d’un impact possible sur la pérennité des infrastructures existantes.

Et quelques semaines plus tard, que promet la CAQ ?

De construire plus vite et moins cher.

Voilà précisément pourquoi il faut regarder derrière les belles promesses.

Peut-être que les nouvelles méthodes proposées permettront effectivement certains gains. Elles doivent être évaluées sérieusement. Mais un gouvernement sortant ne peut pas demander qu’on juge uniquement son prochain plan comme s’il arrivait de nulle part.

Il faut aussi juger ce qu’il a fait avec les pouvoirs, les budgets et le temps dont il disposait déjà.

La même règle devrait s’appliquer en santé.

Depuis février 2026, Santé Québec assume l’exploitation du réseau. Le gouvernement possède maintenant un tableau de bord qui mesure notamment l’accès à la première ligne, les urgences, les chirurgies, les ressources humaines, la santé mentale et les services aux aînés.

C’est utile.

Mais une nouvelle structure administrative n’est pas, en soi, un résultat clinique.

Le citoyen ne mesure pas la réussite du système au nombre de réorganisations effectuées. Il la mesure à quelque chose de beaucoup plus simple : puis-je obtenir les soins dont j’ai besoin dans un délai raisonnable ?

C’est cette distinction entre les moyens et les résultats qui devrait dominer la campagne.

Créer une agence est un moyen.

Annoncer de l’argent est un moyen.

Modifier une loi est un moyen.

Lancer un programme est un moyen.

Le résultat, c’est ce qui change réellement dans la vie des gens.

Il faut aussi reconnaître honnêtement les circonstances auxquelles le gouvernement a dû faire face. La pandémie a bouleversé les réseaux publics. L’inflation a fait exploser le coût de nombreux projets. La croissance démographique a exercé une pression supplémentaire sur le logement et les services. Aujourd’hui, l’incertitude commerciale avec les États-Unis ajoute un risque économique réel.

Aucun gouvernement sérieux n’aurait traversé cette période sans difficultés.

Mais ces explications ne peuvent pas devenir une immunité contre la reddition de comptes.

Gouverner, précisément, consiste à prendre des décisions dans un monde imparfait.

Après huit ans, la question n’est donc pas de savoir si la CAQ possède encore de bonnes idées. Tous les partis en possèdent.

La question est de savoir pourquoi autant de problèmes qui justifient aujourd’hui ses nouvelles promesses existaient déjà sous le gouvernement qu’elle dirigeait.

Pourquoi faut-il maintenant promettre d’accélérer ce qu’on avait déjà le pouvoir d’accélérer ?

Pourquoi faut-il promettre de rationaliser un État qu’on administrait déjà ?

Pourquoi annoncer de nouvelles dépenses alors que le rapport préélectoral prévoit simultanément plusieurs milliards de dollars d’efforts budgétaires ?

Et surtout : lorsque toutes ces nouvelles promesses arriveront en même temps que les compressions nécessaires au retour à l’équilibre, lesquelles survivront ?

Voilà le débat que mérite le Québec.

Pas un concours de communiqués.

Pas une nouvelle promesse chaque matin suivie d’une autre le lendemain.

Une reddition de comptes.

Pour chaque engagement, il faudrait poser les mêmes questions : combien? Qui paie ? Qui exécute ? Quand ? Avec quel personnel ? Quel indicateur permettra de mesurer le résultat ? Et qu’est-ce qui explique que cela n’ait pas déjà été réalisé ?

Après huit années de gouvernement, la CAQ ne peut plus seulement dire : « Voici ce que nous allons faire. »

Elle doit aussi répondre à une question beaucoup plus difficile :

Qu’avez-vous fait du pouvoir que les Québécois vous avaient déjà confié ?

C’est derrière les belles promesses que commence le véritable bilan.

Envoyer

Jean-Christophe Gagnon

Laisser un commentaire