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Analyses

Coût de la vie : le PQ mise sur des mesures qui se voient dans le portefeuille

8 minutes de lecture

Il y a une différence entre annoncer qu’on s’occupe du coût de la vie et intervenir directement sur les factures que les gens paient.

En août 2026, l’inflation atteignait encore 3,1 % au Québec. Le logement augmentait lui aussi de 3,1 %, les transports de 5,7 % et l’essence de 18,8 % sur un an. Et ces pourcentages arrivent après plusieurs années de hausses cumulées. Pour un ménage, le problème n’est donc pas simplement que « l’inflation ralentisse ». Le problème, c’est que l’épicerie, le logement, la voiture et les déplacements coûtent déjà beaucoup plus cher qu’avant.

C’est dans ce contexte que le Parti québécois a choisi une approche assez différente d’une baisse générale de l’impôt sur le revenu : attaquer plusieurs dépenses précises qui grugent directement le budget des ménages.

La première mesure est probablement la plus facile à comprendre : abolir la TVQ sur les biens usagés.

Une voiture d’occasion. Une laveuse. Un vélo. De l’équipement de hockey. Des vêtements pour enfants. Tous ces biens ont déjà été produits, achetés et utilisés. Lorsqu’ils changent de propriétaire, le PQ propose que Québec cesse de percevoir sa taxe de vente.

Selon le parti, cette mesure ferait renoncer l’État à environ 600 millions de dollars de revenus par année. Pour l’acheteur, l’économie serait immédiate au moment de la transaction.

L’intérêt de la mesure est particulièrement visible dans le marché automobile. Les véhicules usagés représentent souvent la solution réaliste pour un jeune, une famille ou quelqu’un qui ne veut pas — ou ne peut pas — consacrer des dizaines de milliers de dollars à un véhicule neuf.

Le débat devient encore plus concret depuis que Québec a resserré les règles fiscales sur les ventes entre particuliers. Dans certains cas, la TVQ peut être calculée sur une valeur estimative supérieure au prix réellement déboursé. Le gouvernement cherche ainsi à combattre les transactions artificiellement déclarées à quelques dollars, ce qui répond à un véritable problème d’évitement fiscal. Mais la contrepartie est évidente : un acheteur honnête ayant obtenu un bon prix peut se retrouver imposé sur une valeur qu’il n’a jamais payée.

L’abolition proposée par le PQ éliminerait cette difficulté à la source.

Ce n’est toutefois pas de l’argent gratuit : 600 millions qui restent dans les poches des acheteurs représentent aussi 600 millions qui n’entrent plus dans les coffres de l’État. C’est pourquoi cette promesse doit être jugée en même temps que le cadre financier du parti.

Le PQ propose également d’agir sur l’essence.

Sa mesure prévoit une réduction d’environ sept cents le litre pendant un an. Selon les calculs présentés par le parti, un automobiliste faisant un plein de 60 litres chaque semaine économiserait environ 220 dollars sur douze mois. Le PQ ajoute un remboursement de 125 dollars destiné à certains contribuables à revenu plus faible.

La pertinence de la mesure est facile à comprendre dans les données actuelles : le prix de l’essence au Québec était en hausse de 18,8 % sur un an en août. Lorsqu’on retire l’essence du calcul, l’inflation québécoise passe de 3,1 % à 2,6 %. Autrement dit, le carburant contribue directement à la pression actuelle sur le coût de la vie.

Cette réduction demeure temporaire et il faudra évidemment vérifier que la baisse de taxe est effectivement transmise au consommateur à la pompe. Mais son objectif est clair : donner un répit rapidement plutôt que promettre un effet économique qui apparaîtrait plusieurs années plus tard.

Le transport collectif constitue l’autre moitié de cette logique.

Le PQ propose une Passe mobilité universelle à 95 dollars par mois, utilisable dans les sociétés de transport du Québec. Selon les estimations du parti, elle pourrait permettre à certains utilisateurs de première couronne d’économiser jusqu’à environ 900 dollars par année.

Cette mesure est intéressante parce qu’elle ne traite pas l’automobiliste et l’utilisateur du transport collectif comme deux mondes opposés.

Une personne qui doit conduire bénéficierait de la réduction temporaire sur l’essence. Une personne qui se déplace quotidiennement en autobus, métro ou train pourrait profiter de la passe à 95 dollars.

Le principe est moins spectaculaire qu’une gigantesque baisse générale d’impôt : réduire le coût du déplacement, peu importe le moyen utilisé.

Évidemment, un abonnement moins cher ne remplace pas un service adéquat. Dans une région où les autobus passent rarement, une passe à 95 dollars n’améliore pas automatiquement la mobilité. La mesure devrait donc être évaluée conjointement avec les investissements dans l’offre de transport.

Le logement constitue un autre chantier.

Pour les premiers acheteurs, le PQ propose notamment un remboursement de TVQ pouvant atteindre 45 000 dollars lors de l’achat de certaines habitations neuves ou en autoconstruction, ainsi qu’une bonification du crédit d’impôt destiné à l’achat d’une première propriété. Le parti présente aussi son programme comme comportant un volet destiné à augmenter l’offre de logements et de maisons.

Ici encore, l’effet recherché est facilement identifiable : réduire la somme nécessaire pour franchir le seuil de l’accession à la propriété.

Mais cette politique devra être accompagnée d’une augmentation réelle de l’offre. Si davantage d’acheteurs disposent de moyens financiers supplémentaires alors que le nombre de maisons disponibles reste insuffisant, une partie de l’aide risque simplement de se retrouver capitalisée dans les prix.

Ce n’est donc pas seulement le montant du remboursement qui importe. C’est le nombre de nouveaux logements effectivement construits.

Mis ensemble, ces engagements révèlent assez bien la philosophie économique retenue par le PQ pour le coût de la vie.

Pas de grande réduction générale de l’impôt sur le revenu des particuliers.

À la place : des interventions ciblées.

Tu achètes usagé? Suppression proposée de la TVQ.

Tu fais le plein? Réduction temporaire de la taxe.

Tu prends le transport collectif ? Passe mensuelle à 95 dollars.

Tu essaies d’acheter ta première habitation ? Soutien fiscal accru.

Cette approche possède une qualité et une limite qui sont les deux faces de la même médaille : elle cible.

Tout le monde ne profitera donc pas de toutes les mesures.

Quelqu’un qui ne conduit pas ne profitera pas du rabais sur l’essence. Un propriétaire établi ne bénéficiera pas des mesures destinées aux premiers acheteurs. Un automobiliste qui n’utilise jamais le transport collectif ne gagnera rien avec la passe à 95 dollars.

Il serait donc trompeur d’additionner mécaniquement toutes les économies possibles et de prétendre qu’un ménage type les touchera toutes.

En revanche, les bénéfices sont relativement faciles à vérifier pour les personnes concernées : facture après facture, transaction après transaction.

C’est là que cette approche peut être évaluée sérieusement.

La grande question reste évidemment le financement.

Le cadre financier péquiste vise un retour à l’équilibre en 2028-2029 et prévoit notamment de réduire de 2,5 % sur trois ans les coûts de rémunération du secteur public, ce que le parti chiffre à 1,6 milliard de dollars d’économies récurrentes par année. Le PQ affirme vouloir concentrer ces économies dans la bureaucratie et réinvestir dans les missions directes de l’État.

C’est précisément cette partie qui devra être démontrée avec le plus de précision.

Dire « moins de bureaucratie » ne suffit pas. Il faut identifier les fonctions supprimées, les postes touchés par l’attrition, les tâches éliminées ou automatisées et les économies réellement obtenues. Il faut surtout démontrer que ces économies ne se transforment pas en délais supplémentaires ou en transfert de travail vers les infirmières, enseignants et autres employés de première ligne.

Autrement dit, les mesures sur le coût de la vie sont relativement faciles à comprendre. Leur financement est la partie qui devra résister à l’épreuve des chiffres.

Mais le débat gagne à être posé correctement.

Le choix proposé par le PQ n’est pas simplement entre « dépenser » et « économiser ». Il consiste à déplacer une partie de l’argent : moins de recettes fiscales sur certaines transactions et dépenses des ménages, moins de coûts administratifs selon le plan du parti, et davantage de ressources laissées directement à certaines catégories de contribuables.

C’est ce mécanisme qu’il faut mesurer.

Car lorsqu’on parle du coût de la vie, le chiffre qui intéresse finalement un ménage n’est ni le nombre de communiqués publiés ni le montant total d’une plateforme électorale.

C’est ce qui reste dans le compte bancaire une fois le logement payé, le plein fait, les déplacements assumés et les besoins de la famille couverts.

Et c’est sur ce terrain très concret que les propositions du PQ sur le coût de la vie devront être jugées.

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Jean-Christophe Gagnon

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