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Analyses

Après huit ans au pouvoir, quand une nouvelle promesse est-elle vraiment nouvelle ?

8 minutes de lecture

Après huit ans au pouvoir, quand une nouvelle promesse est-elle vraiment nouvelle ?

Une campagne électorale produit naturellement de nouvelles promesses. Un parti au pouvoir depuis quelques mois peut demander qu’on juge surtout ce qu’il compte faire. Après près de huit ans au gouvernement, le test doit être différent.

Une nouvelle annonce ne remet pas le compteur à zéro.

Lorsqu’un gouvernement sortant promet de corriger un problème qu’il connaît depuis plusieurs années, la première question n’est pas nécessairement : « Est-ce une bonne idée ? » Elle devrait être : « Qu’est-ce qui est réellement nouveau par rapport à ce que vous faisiez déjà ? »

C’est particulièrement pertinent pour la Coalition avenir Québec. Christine Fréchette veut incarner une nouvelle étape de la CAQ et son gouvernement a effectivement pris de nouvelles décisions depuis son arrivée à la tête du gouvernement. Mais elle dirige aussi le parti qui gouverne le Québec depuis 2018. Ces deux réalités sont vraies simultanément.

Il faut donc distinguer le changement de chef du changement de politique.

Le test des six questions

Pour évaluer sérieusement une promesse d’un gouvernement sortant, six questions suffisent.

Quel problème avait-il déjà identifié ? Quelle solution avait-il annoncée ? Combien d’argent et de pouvoir avait-il consacrés au problème ? Quel résultat mesurable a été obtenu ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Et surtout : qu’est-ce que la nouvelle promesse change réellement dans le mécanisme ?

Cette méthode évite deux caricatures.

La première consisterait à prétendre qu’un gouvernement ne peut jamais modifier une politique. Ce serait absurde. Un gouvernement responsable doit pouvoir constater qu’une approche fonctionne mal et la corriger.

La seconde consiste à présenter chaque correction comme si le problème venait d’être découvert.

C’est là que le bilan devient indispensable.

Logement : le problème et les solutions sont déjà connus

Prenons l’habitation.

En août 2024, le gouvernement Legault présentait sa Stratégie québécoise en habitation. Ses objectifs étaient déjà de stimuler l’offre de logements, soutenir la productivité de la construction, donner davantage d’outils aux municipalités, mieux utiliser les immeubles existants et améliorer l’accès au logement. La stratégie prévoyait notamment plus de 23 000 logements abordables annoncés sur plusieurs années. (Gouvernement du Québec)

En février 2026, Québec déposait encore un projet de loi destiné à accélérer les processus en habitation et à réduire les obstacles administratifs. (Gouvernement du Québec)

Puis, en pleine campagne, l’équipe Fréchette annonce vouloir « construire plus, plus vite et à moindre coût », notamment en réduisant la paperasse, en simplifiant les règles et en accélérant les projets. (Coalition Avenir Québec)

Ces idées peuvent être valables. Mais leur nouveauté doit être démontrée.

« Accélérer », « simplifier » et « augmenter l’offre » étaient déjà les objectifs officiels de la stratégie de 2024.

La question pertinente devient alors : quelle règle précise sera désormais supprimée qui ne l’était pas auparavant ? Quel délai disparaîtra ? Quel obstacle identifié dans l’application de la stratégie de 2024 sera corrigé ? Combien de logements supplémentaires cette modification devrait-elle produire et dans quel délai ?

Voilà comment on distingue une deuxième phase crédible d’une reformulation électorale.

Infrastructures : un exemple encore plus frappant

Le cas des infrastructures est encore plus révélateur.

Dès 2024, le gouvernement affirmait vouloir construire les infrastructures publiques « 25 % plus vite » et « 15 % moins cher ». Il parlait déjà d’alléger les procédures, de moderniser les façons de faire et d’accroître la concurrence. (Gouvernement du Québec)

En novembre 2025, le gouvernement annonçait encore de nouvelles façons de réaliser les projets et estimait pouvoir obtenir des économies d’environ 15 %. (Gouvernement du Québec)

En septembre 2026, l’équipe Fréchette promet maintenant de « changer les façons de construire et rénover nos infrastructures publiques », de mieux choisir le mode de réalisation, de standardiser certains bâtiments et d’accélérer les autorisations. (Coalition Avenir Québec)

On voit immédiatement pourquoi le suivi historique est nécessaire.

Le problème n’est pas que les mesures de 2026 ressemblent à celles de 2024 ou de 2025. Une réforme peut demander plusieurs étapes.

Le problème serait de ne pas expliquer ce que les étapes précédentes ont produit.

Combien de projets ont effectivement été réalisés plus rapidement? Le coût a-t-il réellement diminué de 15 % ? Sur quels projets ? Si la cible n’a pas été atteinte, quel obstacle a été découvert ?

Une promesse devient véritablement nouvelle lorsqu’elle apporte une réponse à cette question.

Bureaucratie : la promesse qui revient

Même phénomène avec la taille et l’efficacité de l’État.

La réduction de la paperasse n’est pas apparue pendant la campagne de 2026. En décembre 2024, le gouvernement rappelait qu’il déposait déjà son quatrième projet de loi depuis 2021 consacré à l’allègement réglementaire des entreprises. (Gouvernement du Québec)

En 2025, le projet de loi 7 visait explicitement à « réduire la bureaucratie », fusionner certaines structures, abolir des entités et augmenter l’imputabilité des dirigeants. (Gouvernement du Québec) Le gouvernement a ensuite lancé une démarche plus large de transformation de l’État fondée sur l’allègement administratif, le numérique, la mutualisation et la réduction des dédoublements. (Gouvernement du Québec)

Pendant la campagne, la CAQ propose maintenant le principe « une exigence ajoutée, deux retirées », davantage d’intelligence artificielle et l’abolition de plus de 2 900 postes supplémentaires d’ici mars 2029, pour une économie cumulative annoncée de 507 millions de dollars. La CAQ affirme également avoir déjà réduit les effectifs de 5 000 postes. (Coalition Avenir Québec)

Ici encore, la nouvelle annonce mérite moins un réflexe d’approbation ou de rejet qu’un audit.

Combien d’exigences administratives existaient au début du premier mandat ? Combien ont disparu ? Combien ont été ajoutées ? Quels délais ont diminué pour les citoyens et les entreprises ? Quelles économies ont effectivement été réalisées ?

Si les nouvelles mesures répondent aux limites des précédentes, il y a évolution réelle.

Sinon, on recycle essentiellement le diagnostic.

Itinérance : les résultats deviennent incontournables

L’itinérance fournit le cas le plus délicat.

Le gouvernement avait adopté dès 2021 un Plan d’action interministériel en itinérance doté initialement d’environ 280 millions de dollars sur cinq ans. Avec les sommes ajoutées par la suite, Québec indiquait en décembre 2025 que les investissements liés au plan atteignaient près de 440 millions. (Gouvernement du Québec)

Les résultats disponibles montrent cependant une aggravation importante du phénomène. Le dénombrement de 2022 estimait l’itinérance visible en hausse de 44 % par rapport à 2018. Des données gouvernementales indiquent également que le nombre de personnes hébergées en situation d’itinérance avait augmenté de 15 % entre 2022 et 2024. (Gouvernement du Québec)

Cela ne signifie pas que les politiques gouvernementales ont causé cette hausse. L’habitation, les revenus, la santé mentale, les dépendances et plusieurs autres facteurs interviennent. Il serait donc abusif d’attribuer mécaniquement toute l’évolution à Québec.

Mais ces résultats rendent la reddition de comptes incontournable.

La CAQ promet maintenant près de 100 millions supplémentaires et dit vouloir « renverser la tendance » par davantage de prévention, d’accompagnement et de coordination. (Coalition Avenir Québec)

La question décisive devient : qu’a-t-on appris du plan 2021-2026 ?

Quelles interventions ont fonctionné ? Lesquelles ont échoué ? Pourquoi l’effort financier supplémentaire modifierait-il maintenant la trajectoire ?

Sans ces réponses, l’annonce donne un montant.

Elle ne démontre pas encore le changement de méthode.

Une nouvelle promesse doit contenir une explication du passé

C’est probablement le standard le plus utile pour juger un gouvernement sortant.

Une véritable nouvelle politique devrait pouvoir se présenter ainsi :

Nous avions identifié ce problème.

Nous avons essayé cette solution.

Nous avons investi cette somme.

Nous visions ce résultat.

Voici ce qui a fonctionné.

Voici ce qui n’a pas fonctionné.

Voici précisément ce que nous allons changer.

Ce n’est pas une attaque partisane. C’est la différence fondamentale entre l’opposition et le gouvernement.

Un parti d’opposition peut principalement être évalué sur la plausibilité de ce qu’il propose, puisqu’il ne disposait pas du pouvoir de l’appliquer.

Un parti gouvernemental doit être évalué à la fois sur son nouveau plan et sur ce qu’il a fait avec les pouvoirs qu’il possédait déjà.

Après huit ans, la mémoire institutionnelle devient donc une donnée électorale.

Le logement n’a pas commencé en septembre 2026.

La bureaucratie n’a pas été découverte pendant la campagne.

Les dépassements de coûts des infrastructures ne viennent pas d’apparaître.

L’itinérance non plus.

La question n’est pas d’interdire à la CAQ de proposer de nouvelles solutions à ces problèmes.

C’est exactement le contraire.

Elle devrait pouvoir expliquer pourquoi les nouvelles solutions ont davantage de chances de fonctionner que les précédentes.

Voilà le test.

Parce qu’une nouvelle promesse n’est véritablement nouvelle que lorsqu’elle contient aussi une réponse à cette question très simple :

qu’avez-vous appris de la dernière ?

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Jean-Christophe Gagnon

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