Les manchettes l’ont rapporté avec un certain soulagement : la nouvelle ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a décidé de retirer les plafonds d’embauche imposés par Bernard Drainville. Présentée comme une bouffée d’air pour les écoles en détresse, cette décision cache pourtant une vérité plus dérangeante. Ce que le gouvernement Legault appelle un « assouplissement » n’est rien d’autre qu’un rattrapage minimal face à une absurdité administrative qui aurait continué de pénaliser des milliers d’élèves et d’enseignants.
Derrière ce geste, il ne faut pas se tromper : l’architecture budgétaire reste intacte. Le Québec demeure prisonnier d’une logique de plafonnement, d’arbitrage permanent et de rationnement éducatif. Le geste de LeBel est une correction cosmétique d’une erreur grossière de Drainville, pas une refondation du système.
Les symptômes : un réseau scolaire étranglé par la bureaucratie
Le cas du Centre de services scolaire de la Capitale est exemplaire : avec 1110 élèves supplémentaires, il ne s’est vu autoriser que… cinq postes équivalent temps complet. Cinq. Dans un réseau où chaque classe déborde déjà, où chaque orthopédagogue croule sous les dossiers, où chaque jeune prof cherche à survivre dans ses cinq premières années de carrière.
Conséquence directe : des congés de maternité ou de maladie envisagés sans remplacement. Des enseignants d’arts plastiques ou d’éducation physique absents, ce qui annule des sorties pédagogiques et prive des enfants de moments-clés de leur développement. Des élèves en difficulté qui perdent l’accès au psychoéducateur ou au psychologue. Des directions scolaires forcées de dire « non » à tout projet par peur de dépasser un plafond chiffré, déconnecté de la réalité humaine des écoles.
Le symptôme est clair : l’éducation québécoise n’est pas gérée selon les besoins des enfants, mais selon des ratios budgétaires abstraits.
La cause profonde : un système sous tutelle
On pourrait croire qu’il s’agit simplement d’une erreur de Bernard Drainville, un excès de zèle administratif. En réalité, la cause est structurelle. Le Québec fonctionne avec des enveloppes budgétaires définies dans un cadre provincial-fédéral qui reproduit sans cesse la même logique : Ottawa accorde des transferts, Québec les distribue avec conditions, et les écoles s’étranglent pour respecter des règles absurdes.
Cette dépendance crée un climat permanent de rareté organisée. Même lorsqu’on annonce un réinvestissement de 540 millions, il est attaché à des conditions : ne pas dépasser un plafond d’embauche, respecter une règle comptable, accepter que le financement ne suive pas automatiquement le nombre réel d’élèves. C’est une gouvernance par rationnement, où l’on demande aux écoles de faire toujours plus avec moins.
Le geste de Sonia LeBel : un correctif, pas une solution
La ministre de l’Éducation a beau se montrer sensible aux difficultés, son « lâcher du lest » ne change pas l’architecture. Les centres de services scolaires pourront dépasser leur plafond, mais à condition stricte de respecter leur budget global. Autrement dit : on relâche la laisse, mais on garde la muselière.
Ce correctif permet d’éviter des absurdités trop visibles — comme ne pas remplacer une femme enceinte ou annuler une course de cross-country —, mais il ne transforme en rien la mécanique fondamentale. On reste dans un système où la priorité n’est pas l’élève, mais la ligne comptable.
La contre-proposition souverainiste : financer par élève, sans plafond
La véritable solution est d’une simplicité limpide : chaque élève accueilli doit déclencher automatiquement le financement correspondant à ses services éducatifs. Si un CSS accueille 1110 élèves de plus, il doit recevoir immédiatement le budget équivalent pour embaucher enseignants, psychoéducateurs, orthopédagogues et suppléants. Point final.
Un Québec souverain établirait ce principe comme contrat social de base :
- Un enfant = les ressources pour l’éduquer.
- Un congé parental ou une maladie = un remplacement immédiat.
- Un besoin particulier (trouble d’apprentissage, classe d’accueil, handicap) = une allocation dédiée.
Pas de plafond arbitraire. Pas de rationnement camouflé en « prudence budgétaire ». Pas de permission à demander.
Les leviers opérationnels d’un État souverain
Comment rendre cela concret ?
- Indexation automatique du financement : le budget suit la croissance démographique, avec ajustements pour les besoins particuliers.
- Marge souveraine d’embauche : créée par une fiscalité québécoise indépendante, permettant de remplacer systématiquement tout départ temporaire ou permanent.
- Tableau de suivi public : une plateforme transparente où chaque citoyen peut voir le nombre d’élèves accueillis et les ressources attribuées en temps réel.
- Simplification et décentralisation : donner aux communautés éducatives locales la liberté de décider des embauches et des priorités, sans plafond imposé du haut.
Ce mécanisme est transparent, imputable et appropriable par tous.
Le contrat social : éducation comme pilier de la nation
L’éducation, dans un Québec souverain, n’est pas une ligne budgétaire mais un pilier du contrat social.
- À la base : chaque enfant reçoit ses services essentiels — enseignants, soutien, psychoéducation.
- Au milieu : la cohésion sociale est protégée, car chaque école peut planifier ses projets sans craindre de sanctions budgétaires.
- Au sommet : la souveraineté populaire se manifeste dans la capacité d’un peuple à définir son modèle éducatif sans permission extérieure.
C’est cette pyramide qui transforme l’éducation de variable d’ajustement en charpente nationale.
Les conséquences de l’indépendance : de la survie à l’oxygène
Tant que le Québec reste province, il restera soumis aux cycles absurdes :
- Ottawa transfère, Québec conditionne, les écoles rationnent.
- Les gouvernements annoncent des milliards, mais les enseignants attendent toujours le remplacement de base.
- Les ministres « lâchent du lest » quand la pression devient intenable, puis reprennent le contrôle aussitôt.
Avec l’indépendance, ce cycle se brise. Le financement devient un outil de développement national, pas un carcan. Les écoles respirent, planifient et construisent. Les enfants cessent d’être victimes d’une gestion comptable.
Conclusion : du « lâcher du lest » au grand saut
Sonia LeBel corrige une erreur de Bernard Drainville. Mais corriger une erreur ne fait pas un projet national. Le Québec n’a pas besoin qu’on lui accorde quelques bouffées d’air; il a besoin de reprendre son souffle une fois pour toutes.
La vraie question n’est pas : combien de postes peut-on embaucher dans le cadre d’un plafond ? La vraie question est : est-ce que nous voulons un système éducatif où chaque enfant est garanti d’avoir les ressources nécessaires, sans négociation ni rationnement ?
Un vote pour le Parti Québécois, c’est un vote pour transformer l’éducation en pilier de souveraineté, pas en variable budgétaire. Un vote OUI, c’est un vote pour libérer nos écoles de la laisse.
Parce qu’un peuple qui n’a pas les moyens d’éduquer tous ses enfants selon ses besoins est un peuple sous tutelle. Et un peuple qui s’en donne les moyens est un peuple souverain.