Un risque réel de voir des crimes impunis : la faillite judiciaire du Québec sous la CAQ

« Il y a un risque réel de voir des crimes restés impunis, non par faute de preuves, mais par faute de ressources. » Cette phrase n’est pas le cri d’alarme d’un syndicat, ni d’un opposant politique : elle provient du sous-ministre à la Justice lui-même, Yan Paquette, dans une lettre officielle adressée au Conseil du Trésor en mars 2025. Un avertissement clair, frontal, qui résume à lui seul l’état catastrophique dans lequel François Legault et la CAQ ont précipité notre système judiciaire.

Depuis un an, 136 postes ont été abolis au ministère de la Justice. Parmi eux, des agents de soutien, des auxiliaires, des adjoints, bref : les chevilles ouvrières qui font fonctionner les tribunaux au quotidien. Parallèlement, le nombre de procureurs criminels et pénaux est passé de 808 à 759, une chute de 6 % en quelques mois. Chaque procureur gère désormais entre 300 et 500 dossiers, une surcharge qui mène inévitablement à des choix impossibles : prioriser une cause de violence conjugale grave au détriment d’une fraude contre des aînés, mettre de côté des dossiers de drogue ou d’arnaque amoureuse faute de temps et de bras. La Justice québécoise en est réduite à hiérarchiser la douleur des victimes et à banaliser certains crimes, faute de moyens.


L’effondrement programmé

Le paradoxe est violent. D’un côté, François Legault fait campagne sous le slogan « loi et ordre » et organise son congrès national sous le thème « Protéger notre monde ». De l’autre, son gouvernement coupe dans la Justice, supprime des postes et fragilise l’institution même qui garantit l’application des lois. On a là un cas d’école de gouvernance schizophrène : la communication politique s’érige en rempart, mais derrière, le terrain s’écroule.

Le sous-ministre a pourtant été limpide. Dans ses correspondances obtenues par La Presse, il alerte :

  • risque de libérations par erreur ;
  • risque de détentions injustifiées ;
  • multiplication des acquittements en vertu des délais fixés par l’arrêt Jordan ;
  • annulations d’audiences ;
  • stress accru pour les victimes déjà fragilisées.

Autrement dit : la justice québécoise, déjà saturée, est poussée au bord du gouffre par des compressions aveugles imposées au nom de la rigueur budgétaire. C’est l’incarnation même d’un État qui se prive de ses fondations pour maquiller ses finances à court terme.


Une machine judiciaire au bord de la rupture

La situation est d’autant plus alarmante qu’elle s’accompagne d’un exode massif de l’expérience. 41 % du personnel judiciaire a moins de deux ans d’ancienneté. Autrement dit : presque un employé sur deux est un novice, parachuté dans un système hypercomplexe, sans encadrement suffisant, et avec des conditions de travail intenables. Le résultat est mécanique : erreurs administratives, audiences mal préparées, délais prolongés.

Pendant ce temps, la demande explose. En cinq ans :

  • les causes criminelles ont bondi de +35 % ;
  • les causes pénales de +20 % ;
  • la protection de la jeunesse de +22 % ;
  • les affaires de la Chambre de la jeunesse de +15 %.

On coupe alors que les besoins croissent. On assèche l’appareil judiciaire alors même que les crimes et litiges se multiplient. Ce n’est pas seulement de la mauvaise gestion : c’est une faute politique majeure.


Le masque « loi et ordre »

Le discours caquiste se résume désormais à un masque. Legault brandit la peur, les menaces extérieures, la sécurité comme slogan électoral. Mais derrière ce masque, il a vidé la Justice de ses moyens. Ce contraste n’est pas seulement hypocrite, il est dangereux. Car chaque arrêt Jordan — chaque acquittement forcé pour délais déraisonnables — ne fait pas que libérer un accusé : il détruit la confiance de la population dans l’institution.

Et cette confiance est fragile. Une victime de violence qui voit son agresseur libéré non parce qu’il est innocent, mais parce que l’État est incapable de le juger à temps, perd foi dans la Justice. Un citoyen floué par une fraude qui apprend que le dossier est abandonné faute de procureur, se détourne de l’État. Peu à peu, ce n’est pas seulement la Justice qui s’effondre, c’est le contrat social lui-même.


Diagnostic clinique

  • Symptômes visibles : annulations d’audiences, causes abandonnées, acquittements pour délais, exode du personnel, surcharge insoutenable.
  • Cause profonde : un État provincial prisonnier d’une logique budgétaire comptable, qui traite la Justice comme un poste compressible, plutôt que comme un pilier national.
  • Effets secondaires : perte de confiance, sentiment d’impunité, multiplication des drames humains (violence conjugale, récidives, fraudes).

Ce diagnostic n’est pas partisan. Il est clinique. Et il mène à une conclusion : la Justice québécoise est en train de mourir étouffée par des choix politiques court-termistes.


La contre-proposition souverainiste

La seule issue est un changement de paradigme. La Justice doit cesser d’être une variable d’ajustement budgétaire et redevenir l’armature du contrat social. Cela suppose un Québec souverain, capable de financer, protéger et réorganiser son système judiciaire sans dépendre de compressions imposées par une logique de gestion centralisée.

  1. Financement autonome : Dans un Québec indépendant, la Justice serait considérée au même titre que la santé et la sécurité publique. Elle disposerait de ressources protégées par une loi constitutionnelle québécoise qui interdit d’y couper arbitrairement.
  2. Simplification et décentralisation : Répartition régionale des ressources, gestion autonome par districts judiciaires, imputabilité directe aux citoyens et non à un Conseil du trésor obsédé par les chiffres.
  3. Souveraineté numérique : Déploiement de plateformes québécoises de gestion des causes, modulaires et interopérables, propriété de l’État québécois. Cela libérerait du temps de travail, réduirait les erreurs, et éviterait les dépendances coûteuses à des systèmes étrangers.
  4. Formation et rétention : Plan structuré pour recruter, former et retenir le personnel judiciaire. Revalorisation des salaires, création de parcours de carrière clairs, reconnaissance de l’expertise.
  5. Sécurité nationale judiciaire : Garantir que les données, preuves et infrastructures judiciaires soient entièrement sous contrôle québécois. La Justice n’est pas un service, c’est une infrastructure nationale critique.

Leviers concrets

  • Audit indépendant : évaluer chaque district judiciaire pour mesurer la surcharge et réallouer immédiatement les ressources.
  • Réversibilité des décisions : annuler les gels de postes automatiques et protéger les effectifs de Justice des compressions discrétionnaires.
  • Recrutement ciblé : embaucher immédiatement du personnel qualifié (agents judiciaires, greffiers, techniciens juridiques) avec des incitatifs pour stabiliser la main-d’œuvre.
  • Technologie souveraine : créer une entreprise publique québécoise de solutions numériques judiciaires, propriété locale, qui réduit la paperasse et augmente la productivité.

L’horizon indépendantiste

Le drame est là : nous assistons à un effondrement programmé de la Justice québécoise. Mais ce drame est aussi une preuve irréfutable que le Québec ne peut pas se permettre de rester une province prisonnière d’une gouvernance budgétaire étriquée.

Chaque crime impuni faute de ressources est un argument pour l’indépendance. Chaque victime abandonnée par un État qui coupe dans la Justice est une démonstration que le statu quo est intenable.

Voter Parti Québécois, c’est préparer dès maintenant un État qui place la Justice au cœur du contrat social. Voter OUI, c’est garantir qu’aucun crime ne sera jamais effacé par un tableur Excel.

Le Québec indépendant aura une Justice irréversible, financée, respectée et digne de son peuple. Voilà le seul vrai « protéger notre monde ».