Le Repère | 5 novembre 2026
Il y a des investissements publics qui permettent de bâtir une économie. Il y en a d’autres qui finissent par enfermer les gouvernements dans leurs propres décisions. Le dossier Nemaska Lithium menace de devenir un exemple particulièrement coûteux de cette deuxième catégorie.
Ce matin, le Bureau d’enquête de Québecor révèle que le chantier de l’usine de transformation de lithium de Bécancour est pratiquement à l’arrêt. Alors que 2 300 travailleurs s’y trouvaient en mars dernier, il n’en resterait qu’une centaine, selon une source citée par les journalistes Félix Séguin et Jean-Louis Fortin. Une autre information fait état d’un besoin de financement supplémentaire de 500 millions de dollars pour terminer la construction.
Tout cela survient alors que les investissements consentis par Québec depuis 2014 totalisent environ 1,2 milliard de dollars.
Le gouvernement péquiste de Paul St-Pierre Plamondon se retrouve donc devant une décision importante. Doit-il poursuivre le financement d’un projet industriel stratégique, au risque d’engager encore davantage d’argent public ? Ou doit-il refuser de nouveaux investissements, quitte à compromettre la valeur de ceux déjà réalisés ?
Je ne crois pas qu’on puisse répondre sérieusement à cette question en se contentant de défendre la filière batterie ou de dénoncer les milliards dépensés par la CAQ. Le problème est plus profond. Il touche à notre façon de développer l’économie québécoise, de partager les risques avec les multinationales et de protéger les contribuables lorsque les projets ne se déroulent pas comme prévu.
UN PROJET INDUSTRIEL QUI AVAIT SA RAISON D’ÊTRE
Il faut commencer par reconnaître une chose. L’idée de transformer le lithium au Québec n’était pas mauvaise en soi.
Le Québec possède des ressources minérales importantes, une expertise industrielle, des infrastructures énergétiques et la capacité de produire une électricité relativement peu émettrice de gaz à effet de serre. Il est tout à fait légitime de vouloir utiliser ces avantages pour développer des activités de transformation plutôt que de simplement exporter nos ressources naturelles.
C’est même un objectif économique que je considère essentiel.
Pendant trop longtemps, nous avons accepté que les matières premières quittent notre territoire et qu’une part considérable de la valeur ajoutée soit créée ailleurs. Développer des capacités industrielles québécoises, notamment dans la transformation des minéraux critiques, répond à un véritable intérêt collectif.
Nemaska Lithium s’inscrivait dans cette logique.
Son projet combinait le développement d’une source d’approvisionnement en lithium dans le Nord-du-Québec et la construction d’une usine de transformation à Bécancour, destinée à produire de l’hydroxyde de lithium pour les batteries.
Cette stratégie pouvait contribuer à créer des emplois spécialisés, à développer des connaissances industrielles et à positionner le Québec dans une chaîne d’approvisionnement internationale.
Mais il y a une distinction fondamentale entre reconnaître le potentiel stratégique d’un secteur et considérer que tous les investissements réalisés dans ce secteur sont automatiquement justifiés.
Une bonne orientation économique ne garantit pas la réussite de chaque entreprise qui prétend la mettre en œuvre.
C’est précisément cette distinction que les gouvernements doivent respecter.
1,2 MILLIARD : LE POIDS DES DÉCISIONS PASSÉES
Depuis 2014, Québec a engagé environ 1,2 milliard de dollars dans les différentes étapes de l’aventure Nemaska Lithium. Le gouvernement Legault a contribué à la majeure partie des investissements plus récents.
En février 2026, le gouvernement caquiste annonçait un nouvel investissement pouvant atteindre 200 millions de dollars américains, soit environ 275 millions de dollars canadiens. Il présentait cette contribution comme sa dernière intervention financière dans le projet.
Cette précision mérite d’être retenue.
À ce moment, Québec considérait manifestement que le projet avait encore besoin d’un soutien majeur, tout en affirmant que sa participation financière supplémentaire devait prendre fin.
Quelques semaines plus tard, Rio Tinto annonçait pourtant un ralentissement important du chantier de Bécancour.
Aujourd’hui, le projet se retrouve de nouveau devant une incertitude financière.
Il serait néanmoins inexact de présenter automatiquement les 1,2 milliard comme une perte définitive. Une partie des sommes correspond à des participations financières dont la valeur dépend de l’avenir de l’entreprise. Le montant cumulatif des investissements ne représente donc pas nécessairement la perte nette des contribuables. De plus, certaines contributions autorisées n’avaient pas encore été entièrement déboursées au moment des vérifications effectuées plus tôt cette année.
C’est une distinction importante.
Mais cette nuance ne change rien à la responsabilité du gouvernement précédent dans les décisions de financement.
François Legault et ses ministres ont choisi de consacrer des sommes considérables à cette stratégie industrielle. Ils ont également présenté ces investissements comme des occasions de développement économique pour le Québec.
Ces décisions peuvent aujourd’hui être examinées à la lumière de leurs résultats, sans prétendre qu’il était possible de prédire avec certitude tous les événements survenus depuis.
LE RAPPORT QUI DEVRAIT NOUS FAIRE RÉFLÉCHIR
L’élément le plus troublant du dossier ne vient pas seulement des difficultés actuelles du chantier.
Il apparaît dans le rapport publié le 7 mai 2026 par la commissaire au développement durable, Janique Lambert, dans le cadre des travaux du Vérificateur général du Québec.
Ce rapport décrit les problèmes entourant l’évaluation de certains investissements dans les minéraux critiques et stratégiques.
En 2023, dans le dossier correspondant à un investissement de 250 millions de dollars dans Nemaska Lithium, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts avait initialement formulé une recommandation défavorable.
Pourquoi ?
Parce que ses spécialistes avaient relevé des risques importants susceptibles d’avoir des conséquences considérables sur les coûts et les échéanciers.
Après des échanges avec le ministère de l’Économie et Investissement Québec, cette recommandation est devenue favorable, mais assortie de conditions destinées à atténuer certains risques.
Puis, après de nouveaux échanges, ces conditions ont été retirées au profit de mesures d’atténuation. L’avis ministériel final était favorable et sans condition.
La commissaire constate que les modifications successives n’étaient pas justifiées uniquement par l’analyse des risques. La volonté de développer la filière batterie avait aussi influencé le processus.
Il ne s’agit pas de prétendre que chaque décision était illégale ou que les responsables savaient nécessairement que le projet échouerait. Le rapport ne permet pas de tirer de telles conclusions.
Mais il révèle une faiblesse importante dans la gouvernance des investissements publics.
Lorsqu’une volonté politique vient modifier la façon dont les risques techniques et financiers sont présentés, il devient plus difficile de déterminer si une décision repose sur une véritable analyse économique ou sur la nécessité de soutenir une stratégie déjà annoncée.
Et ce problème ne se règle pas avec un changement de gouvernement.
Le PQ doit justement montrer qu’il est capable d’établir des règles plus rigoureuses, même lorsque celles-ci compliquent la réalisation de projets qu’il considère souhaitables.
RIO TINTO : LE PARTENAIRE MAJORITAIRE DOIT ASSUMER SES RESPONSABILITÉS
Depuis février 2026, Rio Tinto détient 53,9 % de Nemaska Lithium. Investissement Québec possède les 46,1 % restants.
Cette répartition est importante, parce qu’elle établit clairement qui contrôle maintenant l’entreprise.
Rio Tinto est l’actionnaire majoritaire et assume directement sa gestion. Il lui revient donc d’expliquer l’état du projet, les difficultés rencontrées et les solutions proposées.
En mars, la multinationale annonçait qu’elle ralentissait la construction pour revoir certains aspects du projet et améliorer son plan d’exécution.
Elle précisait alors que les travaux étaient avancés à plus de 70 % et maintenait son engagement envers Bécancour.
Dans ses résultats publiés en octobre, Rio Tinto confirmait néanmoins que la construction demeurait ralentie, tandis que les activités de préservation des installations se poursuivaient.
Ce matin, l’enquête de Québecor rapporte que l’entreprise aurait exprimé des doutes quant à sa capacité de poursuivre le financement en 2027 et 2028.
Il faut être précis : ces doutes rapportés ne constituent pas encore une annonce officielle d’abandon. De même, le montant de 500 millions supplémentaires provient d’informations obtenues par les journalistes et non d’un budget révisé rendu public et vérifié de manière indépendante.
Mais ces renseignements justifient pleinement que Québec exige des explications.
Je trouverais difficilement acceptable qu’un actionnaire majoritaire puisse contrôler les décisions industrielles, revoir ses propres engagements financiers et ensuite considérer implicitement que le gouvernement minoritaire devra combler les déficits de financement.
Le partenariat doit fonctionner dans les deux sens.
Rio Tinto bénéficie d’une participation majoritaire dans une entreprise qui a reçu un soutien public considérable. Cette participation lui donne des droits, mais implique également des responsabilités économiques.
Avant de demander un seul dollar supplémentaire aux contribuables québécois, il faudrait connaître précisément la contribution que Rio Tinto accepte elle-même de maintenir et les conditions qu’elle souhaite imposer.
LES 500 MILLIONS SUPPLÉMENTAIRES NE SONT PAS LA VÉRITABLE QUESTION
Supposons que le montant de 500 millions soit confirmé.
La tentation sera grande de soutenir qu’il serait absurde d’abandonner une usine construite à plus de 70 % alors que 1,2 milliard de fonds publics y ont déjà été consacrés.
L’argument paraît convaincant.
Mais il comporte un piège économique bien connu : celui des coûts irrécupérables.
Une décision d’investissement ne doit pas être prise uniquement parce que des sommes importantes ont déjà été dépensées.
Elle doit dépendre de ce que les nouveaux investissements permettraient réellement d’obtenir.
Autrement dit, la bonne question n’est pas de savoir combien nous avons déjà payé. Elle est de déterminer si les montants qu’on nous demande aujourd’hui peuvent raisonnablement créer davantage de valeur que les autres options disponibles.
Une usine achevée n’est pas nécessairement une usine rentable.
Une installation de transformation doit disposer d’un approvisionnement fiable, d’une technologie fonctionnelle, de coûts de production concurrentiels et de clients prêts à acheter sa production.
Or, certains éléments de la chaîne d’approvisionnement demeurent à préciser. Rio Tinto poursuivait encore, dans son rapport d’octobre, l’évaluation des projets miniers Whabouchi et Galaxy afin de déterminer la meilleure solution d’approvisionnement.
Il faudrait donc établir non seulement le coût de finition de l’usine, mais aussi le coût complet de sa mise en service et de son exploitation.
Il faut également savoir à quel prix l’hydroxyde de lithium pourrait être vendu, quelles marges l’entreprise peut raisonnablement réaliser et quel niveau de financement sera nécessaire avant qu’elle atteigne une situation financière durable.
Sans ces réponses, le fameux dernier 500 millions pourrait devenir une nouvelle étape dans une succession de demandes financières.
Et cette possibilité doit être évaluée avant de prendre une décision.
L’INTÉRÊT DU QUÉBEC NE SE LIMITE PAS AU RENDEMENT FINANCIER
Je ne crois pas non plus qu’on puisse évaluer Nemaska Lithium exactement comme un placement boursier ordinaire.
L’État poursuit des objectifs plus larges qu’un investisseur privé.
Il peut chercher à développer une filière industrielle, à maintenir des emplois spécialisés, à renforcer la sécurité des approvisionnements ou à créer des possibilités économiques dans des régions qui en ont besoin.
Ces retombées ont une valeur réelle, même lorsqu’elles n’apparaissent pas directement dans les états financiers d’une entreprise.
C’est pourquoi il serait trop facile de conclure que le gouvernement doit simplement quitter Nemaska Lithium parce que le projet comporte des risques.
La Caisse de dépôt et placement du Québec avait d’ailleurs expliqué, en mai 2026, avoir refusé d’y investir parce que le profil de risque et de rendement ne correspondait pas à ses paramètres.
Cette décision mérite d’être prise au sérieux. Elle ne signifie toutefois pas que le projet est dénué d’intérêt pour le développement économique du Québec.
La Caisse et le gouvernement n’ont pas exactement les mêmes mandats.
Mais cette différence ne peut pas devenir une justification pour accepter n’importe quel risque.
Si un projet n’est pas suffisamment intéressant pour attirer des investisseurs privés aux conditions proposées, il faut identifier précisément quelles retombées publiques pourraient justifier une intervention de l’État.
Il faut ensuite déterminer si ces retombées sont suffisamment importantes et crédibles pour compenser le risque financier assumé collectivement.
C’est à ce niveau que devrait se situer le débat.
LES TRAVAILLEURS NE DOIVENT PAS DEVENIR UNE VARIABLE D’AJUSTEMENT
Il y a aussi une réalité qu’on oublie parfois lorsqu’on discute de milliards.
À Bécancour, les décisions de Rio Tinto et des gouvernements touchent des travailleurs, des sous-traitants, des fournisseurs et des familles.
Lorsqu’un chantier passe de plusieurs milliers de travailleurs à une activité très réduite, les conséquences économiques ne se limitent pas au bilan d’une société.
Des entreprises locales peuvent perdre des contrats. Des travailleurs spécialisés doivent chercher ailleurs. Des investissements réalisés pour répondre aux besoins du chantier deviennent plus difficiles à rentabiliser.
Ces conséquences méritent une réponse publique.
Mais protéger les travailleurs ne signifie pas nécessairement verser de nouveaux fonds sans condition à l’entreprise.
Le gouvernement pourrait notamment examiner les mesures nécessaires pour maintenir les installations en état, soutenir les entreprises régionales touchées et préserver certaines compétences industrielles pendant l’évaluation du projet.
Il pourrait également exiger de Rio Tinto un plan précis concernant les entrepreneurs, les emplois et les échéanciers.
Les travailleurs ne devraient pas servir d’argument émotionnel pour justifier une aide financière qui n’aurait pas été examinée sérieusement.
Ils méritent mieux qu’une promesse de relance sans garantie crédible.
CE QUE LE GOUVERNEMENT PÉQUISTE DEVRAIT EXIGER
À mon avis, Québec ne devrait annoncer ni un sauvetage immédiat ni un abandon précipité.
Il devrait commencer par reprendre le contrôle de l’information nécessaire à sa décision.
Cela suppose une évaluation financière, technique et commerciale indépendante du projet, qui ne soit pas limitée aux prévisions établies par l’actionnaire majoritaire.
Il faut connaître le coût réel des travaux restants, les sommes déjà engagées contractuellement, les risques de dépassement, les besoins de financement futurs et la valeur des actifs si le projet ne se réalise pas.
Il faudrait aussi vérifier les ententes entre actionnaires, notamment les obligations éventuelles de financement et les conséquences d’un refus de participer à une nouvelle injection de capitaux.
Ces renseignements sont essentiels. Sans eux, Québec risque de négocier à partir d’une position de faiblesse.
Ensuite, le gouvernement devrait examiner les solutions possibles : poursuite du projet avec financement partagé, arrivée d’un nouveau partenaire industriel, restructuration financière, réalisation par étapes ou suspension prolongée pour préserver la valeur des installations.
Un financement public additionnel ne devrait être envisageable que si un plan d’affaires révisé démontre une perspective raisonnable de viabilité.
Il faudrait également que les engagements privés soient suffisamment fermes pour éviter que le gouvernement devienne progressivement le seul partenaire prêt à absorber les dépassements.
Enfin, toute nouvelle contribution devrait être accompagnée de conditions mesurables, d’étapes de réalisation vérifiables et de mécanismes permettant de suspendre les versements si les objectifs ne sont pas atteints.
Ce n’est pas une façon de décourager l’investissement.
C’est une façon de respecter ceux qui le financent.
L’HÉRITAGE CAQUISTE NE DOIT PAS DEVENIR UNE EXCUSE
Le gouvernement péquiste hérite d’un dossier dont les principales décisions financières ont été prises avant son arrivée au pouvoir.
Cette chronologie doit être respectée.
On ne peut pas lui attribuer les choix effectués par les gouvernements précédents, ni les problèmes de gouvernance documentés dans le rapport de la commissaire au développement durable.
Mais à compter d’aujourd’hui, les nouvelles décisions appartiennent au gouvernement en place.
C’est précisément ce qui rend le dossier intéressant politiquement.
Le PQ a maintenant l’occasion de démontrer sa capacité à gouverner autrement. Non pas en condamnant systématiquement les choix de ses prédécesseurs, mais en corrigeant les méthodes qui ont permis à certains risques de s’accumuler.
La différence devra se mesurer dans les décisions.
Exiger des analyses indépendantes. Rendre les responsabilités plus claires. Refuser que les objectifs politiques remplacent les évaluations techniques. Établir des limites financières et les respecter.
Et surtout, accepter qu’un projet considéré comme stratégique puisse parfois devoir être restructuré, voire abandonné, si ses perspectives ne justifient plus les investissements nécessaires.
Il serait incohérent de réclamer davantage d’autonomie économique pour le Québec tout en reproduisant des mécanismes qui affaiblissent notre capacité de contrôler l’utilisation des fonds publics.
L’indépendance économique ne consiste pas uniquement à posséder davantage de ressources ou d’usines. Elle exige aussi une discipline dans la façon dont on décide de les développer.
L’ARGENT PUBLIC A TOUJOURS UN AUTRE USAGE POSSIBLE
Il reste enfin une question que tout gouvernement doit se poser.
Que pourrait-on faire d’autre avec les sommes demandées ?
Cinq cents millions de dollars représentent des ressources considérables pour un État confronté à des besoins importants en santé, en habitation, en éducation et en infrastructures.
Cela ne signifie pas que chaque investissement industriel doit être opposé mécaniquement à la construction d’écoles ou au financement des hôpitaux.
Le développement économique peut lui-même soutenir les finances publiques et créer les revenus nécessaires aux services collectifs.
Mais cette contribution doit être démontrable.
Lorsqu’un gouvernement investit dans une entreprise, il renonce temporairement ou définitivement à d’autres utilisations possibles de cet argent.
Cette réalité impose une obligation de résultat, ou à tout le moins une justification rigoureuse du risque pris.
Le fait qu’une somme soit investie par Investissement Québec plutôt que directement dans un programme gouvernemental ne la rend pas moins publique.
Elle appartient ultimement à la collectivité.
Et les contribuables ont le droit de savoir ce qu’ils obtiennent en échange.
SAUVER UNE STRATÉGIE OU SAUVER UN INVESTISSEMENT ?
C’est probablement la distinction la plus importante de toute cette affaire.
Le Québec a intérêt à développer la transformation de ses ressources naturelles. Il a intérêt à acquérir des compétences industrielles et à réduire sa dépendance envers des chaînes d’approvisionnement étrangères.
Ces objectifs demeurent valables, que Nemaska Lithium réussisse ou non.
Il ne faudrait donc pas confondre l’avenir de la transformation du lithium au Québec avec celui d’une entreprise particulière.
Si Nemaska Lithium peut être redressée à des conditions acceptables, il faudra examiner sérieusement cette possibilité.
Si le projet exige plutôt des investissements toujours plus importants sans perspective crédible de rentabilité, il faudra avoir le courage de reconnaître ses limites.
Dans les deux cas, le Québec devra préserver autant que possible les compétences, les installations et les possibilités de développement qui peuvent encore avoir une valeur.
Ce serait une erreur d’abandonner toute ambition industrielle à cause des difficultés d’un projet.
Ce serait une erreur tout aussi grave de continuer à financer ce projet simplement pour éviter de reconnaître que les hypothèses initiales n’ont pas donné les résultats attendus.
LE VÉRITABLE TEST COMMENCE MAINTENANT
Nemaska Lithium n’est pas seulement un dossier industriel en difficulté. C’est un test de gouvernance économique pour le nouveau gouvernement.
La CAQ a fait le pari d’une filière batterie soutenue par des investissements publics considérables. Certaines ambitions étaient légitimes. Certaines décisions soulèvent aujourd’hui des questions sérieuses, notamment quant à l’évaluation et à l’encadrement des risques.
Le gouvernement péquiste doit maintenant décider ce qui mérite d’être poursuivi, ce qui doit être corrigé et ce qui ne peut plus être justifié.
Il ne suffira pas d’invoquer l’héritage caquiste. Il faudra démontrer que les choix futurs reposent sur des critères plus solides.
Et il ne suffira pas non plus à Rio Tinto de rappeler son engagement stratégique envers le Québec. L’entreprise devra présenter des engagements financiers et industriels cohérents avec les responsabilités qu’elle a acceptées en prenant le contrôle de Nemaska Lithium.
Je souhaite que le Québec réussisse à développer une véritable industrie de transformation de ses ressources. Je considère même cet objectif essentiel à notre avenir économique.
Mais je ne crois pas qu’on puisse construire cette industrie durablement en demandant aux contribuables de prendre des risques que les partenaires privés ne veulent plus assumer, sans obtenir en retour des garanties suffisantes.
Après 1,2 milliard de dollars, la question n’est donc pas de savoir s’il faut sauver Nemaska Lithium à n’importe quel prix.
Elle est de savoir à quelles conditions ce projet peut encore servir les intérêts du Québec.
Si ces conditions peuvent être réunies, il faudra les défendre avec rigueur.
Si elles ne peuvent pas l’être, il faudra refuser de transformer les investissements passés en obligation permanente de financement.
Parce qu’au bout du compte, le rôle d’un gouvernement n’est pas de sauver toutes les décisions économiques de ses prédécesseurs.
Il est de protéger l’intérêt public, même lorsque cela oblige à prendre des décisions difficiles.
Et dans le dossier Nemaska Lithium, c’est exactement ce que les Québécois sont en droit d’attendre.

