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Analyses

Le PQ a gagné le pouvoir. Mais qui détient réellement le pouvoir au Québec ?

6 minutes de lecture

Le 5 octobre 2026, le Parti québécois a remporté les élections. Avec 59 sièges sur 127 et 28,02 % des votes valides, il a obtenu le droit de former un gouvernement, mais pas une majorité à l’Assemblée nationale.

Ce résultat mérite d’être célébré par ses partisans. Il mérite surtout d’être compris pour ce qu’il est : une victoire électorale, pas la remise des clés de tous les pouvoirs.

Car une question demeure. Lorsque les électeurs changent de gouvernement, qui décide vraiment de ce qui peut changer au Québec ?

La première réponse semble évidente : les élus. Ils votent les lois, adoptent les budgets et contrôlent l’action gouvernementale. Le Conseil des ministres fixe les orientations de l’État. Ce sont des pouvoirs réels, considérables même. Il serait absurde de prétendre qu’un gouvernement québécois ne peut rien faire tant qu’il reste dans le Canada.

Québec peut légiférer en matière d’éducation, organiser ses services de santé, percevoir des impôts, gérer une bonne partie de ses ressources naturelles et établir ses priorités économiques.

Mais ces pouvoirs s’exercent dans un cadre que les électeurs québécois ne peuvent pas modifier seuls.

La Constitution : des pouvoirs importants, mais partagés

Les articles 91 et 92 de la Loi constitutionnelle de 1867 répartissent les compétences entre Ottawa et les provinces. Le Québec gère notamment les établissements de santé, l’éducation et les institutions municipales. Le fédéral conserve, entre autres, la défense, la monnaie, le droit criminel et la citoyenneté.

L’immigration, l’environnement et plusieurs autres dossiers exigent des interactions entre les deux ordres de gouvernement.

Autrement dit, un gouvernement québécois peut avoir un projet cohérent pour la société sans disposer de tous les instruments nécessaires pour le réaliser.

Il peut vouloir agir sur le marché du travail, mais certaines règles relèvent d’Ottawa. Il peut planifier sa transition économique, mais ne dirige ni la politique monétaire ni la politique commerciale du Canada.

Les tribunaux jouent aussi un rôle. Ils interprètent la Constitution et vérifient la conformité des lois aux droits protégés. On peut contester leurs décisions, discuter de leur portée ou chercher à faire évoluer les règles. Mais on ne peut pas simplement les ignorer. C’est une dimension de l’État de droit.

Il faut toutefois éviter une facilité : chaque difficulté rencontrée par Québec n’est pas la faute du fédéral. Plusieurs problèmes relèvent de choix politiques, de décisions budgétaires ou de faiblesses de gestion qui sont les nôtres.

L’argent : disposer d’un budget ne signifie pas tout maîtriser

Le pouvoir se mesure aussi à la capacité de financer ses décisions.

En 2026-2027, les principaux transferts fédéraux prévus pour le Québec atteignent environ 30,3 milliards de dollars, dont la péréquation et les transferts en santé et en programmes sociaux.

Ces sommes font partie de l’architecture financière de la fédération. Elles ne sont pas des cadeaux tombés du ciel : les Québécois paient aussi des impôts à Ottawa. Mais Québec ne décide pas seul des règles qui déterminent ces transferts.

En parallèle, le gouvernement québécois dispose de ses propres revenus fiscaux et de sa capacité d’emprunt. Il doit composer avec le service de la dette, les coûts des services publics, les conventions collectives et l’état de l’économie.

Une promesse politique ne se transforme pas automatiquement en marge de manœuvre financière.

L’indépendance changerait la répartition des responsabilités fiscales et des outils économiques. Elle entraînerait aussi des négociations sur les actifs, les dettes, les institutions et les relations commerciales.

Prétendre qu’elle réglerait instantanément les problèmes budgétaires serait aussi trompeur que d’affirmer qu’elle ne changerait rien.

L’administration : entre une décision et un résultat

Un ministre peut annoncer une réforme en quelques minutes. Son application peut prendre des années.

Derrière chaque orientation politique, il y a des fonctionnaires, des organismes publics, des règles d’approvisionnement, des systèmes informatiques, des ententes de travail et des processus de contrôle.

Cette machine administrative assure une continuité indispensable. Elle protège également contre l’improvisation.

Elle peut cependant ralentir le changement. Non parce qu’un mystérieux gouvernement caché dirigerait le Québec, mais parce qu’une administration complexe ne se réorganise pas par communiqué de presse.

La Loi sur la fonction publique prévoit justement que les fonctionnaires mettent en œuvre les politiques de l’autorité constituée.

La responsabilité politique demeure donc celle des élus. Un gouvernement sérieux ne peut ni se décharger sur les fonctionnaires de ses échecs ni faire semblant que les contraintes opérationnelles n’existent pas.

La mesure du pouvoir ne sera pas le nombre d’annonces faites dans les cent premiers jours. Ce sera le nombre de décisions correctement exécutées, puis évaluées.

Un gouvernement minoritaire : le pouvoir doit se négocier

Le Parti québécois fait face à une contrainte supplémentaire : il n’a pas la majorité des sièges. Pour faire adopter ses projets et conserver la confiance de l’Assemblée nationale, il devra rechercher des appuis.

Cela ne retire rien à sa victoire. Mais cela oblige à reconnaître que les électeurs n’ont pas confié un chèque en blanc à un seul parti.

Un gouvernement minoritaire peut être efficace. Il doit simplement convaincre davantage, composer avec des objections et distinguer ses priorités essentielles de ce qui peut faire l’objet de compromis.

Et la souveraineté dans tout cela ?

La victoire du PQ redonne une place centrale à la question nationale. Elle ne constitue pas, à elle seule, un mandat populaire en faveur de l’indépendance.

Cette décision appartiendrait aux Québécois, dans un processus démocratique distinct.

Selon l’avis rendu par la Cour suprême en 1998, une majorité claire sur une question claire imposerait une obligation de négocier, non une séparation automatique.

Voilà pourquoi la question nationale mérite mieux que des formules toutes faites.

Je vois dans la souveraineté la possibilité pour le Québec de réunir davantage de leviers politiques entre ses mains.

Mais posséder des pouvoirs supplémentaires n’est pas synonyme de bien les exercer.

Il faudra des institutions solides, des finances transparentes, une administration compétente et une démocratie capable d’entendre ses désaccords.

Au fond, la question n’est pas seulement de savoir qui détient le pouvoir aujourd’hui. Elle est de savoir quels pouvoirs nous voulons exercer collectivement, à quelles conditions et avec quelle responsabilité.

Le PQ a gagné une élection. Il lui reste à démontrer ce qu’un gouvernement québécois peut accomplir avec les pouvoirs dont il dispose déjà. Et à expliquer clairement ce que le Québec pourrait faire autrement s’il décidait, un jour, de devenir un pays.

C’est dans cette différence entre gagner le gouvernement et maîtriser son avenir que commence la véritable discussion.

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Jean-Christophe Gagnon

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