Consultations sur l’immigration : Ottawa ferme les portes, le Québec frappe un mur

Dans l’hôtellerie et la restauration, l’impact des nouvelles règles fédérales sur les travailleurs étrangers temporaires est catastrophique. Derrière chaque chambre fermée, chaque cuisine ralentie, se cache une décision prise à Ottawa sans égard aux réalités québécoises.


Un hôtel gaspésien au bord de l’asphyxie

À Paspébiac, en Gaspésie, l’hôtel Le Francis vient de subir un choc brutal. Son directeur des opérations, Marc-André Cyr, annonce qu’il perdra six de ses sept travailleurs étrangers temporaires à cause du resserrement des règles fédérales. Conséquence immédiate : fermeture de chambres, réduction des heures de restaurant et investissements perdus.

Près de 60 000 $ avaient été déboursés pour recruter ces employés venus de Tunisie et du Mexique. Cet argent, qui devait garantir stabilité et croissance, s’évapore en pure perte parce que les permis ne peuvent plus être renouvelés. « On se disait : ce n’est pas grave, on va pouvoir renouveler leurs permis. Mais aujourd’hui, tout tombe à l’eau », explique Cyr, visiblement désabusé.

Dans une région où le recrutement local est pratiquement impossible — quelques CV par année pour une trentaine de postes —, cette coupure fédérale agit comme une sentence. Les métiers de nuit, de cuisine ou de service, déjà peu attrayants pour la main-d’œuvre locale, deviennent impraticables sans immigration économique.


Ottawa impose un carcan uniforme

Depuis l’automne 2024, Ottawa limite à 10 % la part de travailleurs étrangers temporaires dans les postes dits « à bas salaire » (moins de 34,62 $ l’heure). Avant cette mesure, certains secteurs pouvaient monter à 30 %, particulièrement là où la pénurie était criante.

Ce plafonnement uniforme frappe de plein fouet le Québec. Montréal et Laval, déjà interdites de recours aux TET en raison de leurs taux de chômage officiels, voient 35 000 postes vacants rester sans réponse. La Mauricie, la Côte-Nord et la Gaspésie constatent que des hôtels, restaurants et attraits touristiques doivent couper dans l’offre de services faute de bras.

Résultat : Ottawa applique une règle comptable centralisée, sans égard aux spécificités régionales. Un hôtel gaspésien et une tour de bureaux torontoise sont traités selon la même logique. Pour les régions du Québec, cela équivaut à une asphyxie organisée.


Des régions qui frappent un mur

En Mauricie, Donald Desrochers, directeur des Hôtels Marineau à La Tuque, Shawinigan et Matawin, emploie près de 30 travailleurs étrangers sur une centaine d’employés. La moyenne d’âge de son personnel local grimpe dangereusement : plusieurs serveuses et préposées aux chambres dépassent les 60 ans et travaillent malgré les douleurs physiques.

« Quand elles vont partir à la retraite, si en plus on nous enlève nos travailleurs étrangers, on va frapper un mur », dit-il avec gravité. L’expression est éloquente : la fédération pousse littéralement les régions du Québec dans le mur démographique.

Au Massif de Charlevoix, destination touristique quatre saisons, le tiers des travailleurs étrangers a déjà été perdu. Les postes en cuisine et en entretien ménager sont désormais laissés vacants. « Ce sont des gens qui auraient aimé s’établir ici, explique Charles-Antoine Choquette, vice-président directeur général. Mais on a dû les laisser partir. »


Une pénurie chronique aggravée

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Institut de la statistique du Québec, on compte encore 123 800 postes vacants au deuxième trimestre de 2025, dont près de 10 780 dans les services d’hébergement et de restauration. L’Alliance de l’industrie touristique du Québec (ATQ) confirme que plus de 53 % des entreprises peinent à recruter.

Cette pénurie n’est pas nouvelle, mais elle est aggravée par les décisions fédérales. En région, les conditions de travail atypiques — soirs, fins de semaine, postes physiques — rebutent une partie des travailleurs locaux. Sans immigration économique, la chaîne hôtelière ou le restaurant de quartier n’a tout simplement plus d’oxygène.


Un narratif fédéral déconnecté

Ottawa justifie ses règles par une volonté d’encadrer l’immigration et de « protéger » le marché du travail canadien. Mais cette rhétorique oublie un fait simple : le Québec n’est pas une province comme les autres. Sa démographie, sa culture, ses besoins économiques sont distincts. Imposer un plafond uniforme revient à nier notre réalité.

Même la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, pourtant prudente sur ces questions, s’inquiète de ce manque de prévisibilité. « Quand tu es dans les affaires, ce qui te permet d’avancer, c’est la prévisibilité », souligne sa PDG Isabelle Dessureault. Avec les décisions fédérales, c’est plutôt l’incertitude chronique qui domine.


La contre-proposition souverainiste

Un Québec indépendant, maître de sa politique d’immigration, aurait tous les leviers pour corriger la situation.

  1. Fixer ses propres seuils : adapter les quotas par région et par secteur. En Gaspésie ou en Mauricie, on pourrait autoriser 30 % ou plus de TET dans l’hôtellerie et la restauration, plutôt que d’imposer un 10 % aveugle.
  2. Allonger la durée des permis : garantir 2 à 3 ans de stabilité, avec un chemin clair vers la résidence permanente pour ceux qui souhaitent s’ancrer au Québec.
  3. Créer une agence québécoise de mobilité internationale : plateforme numérique, transparente et auditable, reliant directement employeurs et travailleurs, sans passer par Ottawa.
  4. Valoriser les métiers de l’hôtellerie : diplômes et certifications québécois, reconnus internationalement, pour attirer une main-d’œuvre qualifiée et respectée.
  5. Intégrer durablement : programmes d’apprentissage du français et d’intégration communautaire financés localement, pour transformer les TET en citoyens à part entière.

Leviers opérationnels immédiats

Même avant l’indépendance, le Québec peut déjà :

  • Exiger une clause dérogatoire auprès d’Ottawa pour hausser le plafond à 30 % dans les secteurs critiques.
  • Déployer un registre national des postes vacants pour chiffrer avec précision les pertes économiques dues aux restrictions fédérales.
  • Expérimenter des programmes pilotes régionaux (Gaspésie, Mauricie, Charlevoix) en collaboration avec les municipalités.
  • Ouvrir des corridors souverains avec le Maghreb et l’Amérique latine pour recruter directement, sans passer par la bureaucratie fédérale.

Un enjeu politique clair

Ce dossier révèle une vérité nue : le Québec ne contrôle pas sa destinée économique. Ottawa impose, le Québec subit. Chaque chambre d’hôtel fermée, chaque restaurant qui réduit ses heures, chaque dollar gaspillé en recrutement inutile devient une preuve vivante de cette dépendance.

Voter Parti Québécois, c’est déjà choisir un gouvernement qui se battra pour obtenir des dérogations, pour prouver qu’on peut mieux gérer.
Voter OUI au référendum, c’est sortir définitivement de ce carcan et donner au Québec la maîtrise de ses frontières, de son immigration et de sa prospérité.

L’indépendance n’est pas une option abstraite : elle est la condition immédiate pour rouvrir les portes de nos hôtels, garder nos travailleurs et empêcher nos régions de frapper le mur. Ottawa fabrique de la rareté et de l’incertitude. Le Québec souverain fabrique de l’abondance et de la prévisibilité.


Conclusion

L’affaire du Francis en Gaspésie n’est pas un cas isolé : c’est un signal d’alarme. La fédération canadienne nie nos besoins concrets, bloque nos régions et gaspille nos investissements. L’immigration économique est vitale pour le Québec; elle doit être conçue par et pour le Québec.

Face au mur, deux choix s’offrent à nous : subir la rareté imposée par Ottawa ou bâtir notre autonomie par le OUI.